
Dans une long entretien donné au magazine Society, la patronne de France Télévisions révèle comment le journaliste a pris sa mise à l'écart.
Aucune langue de bois. Aucun détour. Et beaucoup, beaucoup de féminisme. Delphine Ernotte se lâche dans le dernier numéro de Society, sorti ce jeudi, qui lui consacre une très longue interview. La patronne de France Télévisions, interrogée sur sa réputation de "tueuse froide", assume tout et dévoile toutes les coulisses de ces mises à l'écart récentes.
Sur l'éviction soudaine de David Pujadas, en juillet dernier, elle rappelle, par exemple, que le journaliste aurait pu garder L'émission politique, sur France 2, ce qu'il a refusé de faire. "J'étais prête à discuter avec lui pour qu'il fasse plein d'autres choses. Il avait toute sa place à France Télévisions", indique Ernotte.
Mais Pujadas était bien trop énervé. "Je savais que ça allait être dur, mais je lui ai dit: 'Écoute, David, tu n'es pas viré de France Télévisions, prenons un peu le temps de discuter ensemble, de comment tu vois les choses, etc.'' Mais je pense qu'il était très choqué, furieux. C'est quand même une femme qui dit à l'un de ses employés hommes..."
Pujadas s'est "emporté tout de suite"
Delphine Ernotte estime que si l'annonce était venue d'un homme, David Pujadas aurait sans doute réagi autrement. "Ce n'est pas une critique d'ailleurs, c'est involontaire, inconscient... Bref, il s'est emporté tout de suite et est descendu à la rédaction et ça a été le feu."
Aujourd'hui, la présidente de France Télévisions remarque que personne ne lui a demandé de revenir sur sa décision. "Il y en a plusieurs qui m'ont dit: 'Vous avez le droit de changer David Pujadas. Nous, ce qu'on critique, c'est le timing.'"
LIRE AUSSI >> À France 2, les mots crus de journalistes sur "le règne de David Pujadas"
Lorsque Society l'interroge sur une autre figure de France Télévisions éjectée par surprise - Julien Lepers - Delphine Ernotte s'interroge. "Vous pensez vraiment que, parce qu'on change un animateur qui est là depuis 30 ans, on est 'brutale'? Vous ne pensez pas que c'est juste la vie?" Mais Delphine Ernotte insiste: "Est-ce que je prends un plaisir fou à virer les gens? Pas du tout. Je n'aime pas ça. Mais je suis parfois contrainte de le faire quand même."
De la difficulté d'être une femme patronne à la télé
Être une femme patronne dans le milieu de la télévision, voilà qui n'a pas l'air si facile. Ancienne dirigeante d'Orange, la légitimité de Delphine Ernotte a longtemps été remise en question. "Il y a toujours un procès en illégitimité quand on est une femme, déplore-t-elle. Gilles Pélisson n'avait pas fait de télévision avant d'être président de TF1, Bertrand Meheut, qui a été PDG de Canal, non plus, il vient de l'industrie pharmaceutique. Et personne ne leur a reproché."
Delphine Ernotte, attaquée de toutes parts, semble tenir bon. Que ce soit face aux attaques des médias, ou aux nombreux procès intentés à France Télévisions, dont un par Vincent Bolloré, patron de Canal+, qui réclame 50 millions d'euros pour la diffusion d'un Complément d'Enquête centré sur ses affaires en Afrique.
"C'est délirant de toute façon, réagit Ernotte, qui déplore les méthodes du businessman. [...] Comme beaucoup de gens de ma génération, j'ai découvert Canal+ à la grande époque. C'était une forme d'irrévérence; c'était drôle, inattendu. Aujourd'hui, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Je pleure. C'est triste."
La patronne de France Télévisions avoue même ne comprendre pas la stratégie de Canal+. "Si vous la comprenez, vous, expliquez-moi, car je sèche, plaisante-t-elle. Quand il a supprimé Le Grand Journal, c'est absurde, mon premier réflexe a été de me dire: 'Je me désabonne.' Alors que c'était en clair... Cette stratégie sur le clair est quand même étrange : il s'autofinançait avec la pub."
Cyril Hanouna, pas le bienvenu sur France Télé
Parmi ses commentaires sur les médias, on trouve, bien entendu, une réflexion sur Cyril Hanouna, star de C8, qui a fait ses début sur France Télévisions [TPMP était diffusé sur France 4 à son lancement]. "Je ne cautionne pas ses dérapages, et je suis loin d'être fan de TPMP, mais ce que je trouve dingue chez lui, c'est le lien qu'il a créé avec le public, en particulier les jeunes", estime-t-elle. La patronne de France Télévisions n'envisage pour autant pas de faire revenir l'animateur dans le groupe. "On ne veut pas de sa vulgarité, de chroniqueurs maltraités en plateau, de blagues homophobes ou sexistes. Tout cela est impossible sur le service public."
Des propos auxquels Cyril Hanouna s'est empressé de répondre, mercredi soir, dans TPMP. "Malheureusement, la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, est plus occupée à dire des saloperies sur nous qu'à faire de bons programmes. Delphine Ernotte, je crois qu'elle connaît la télé comme moi la boucherie, a-t-il lancé sur C8. France Télévisions, c'est une catastrophe. Elle loupe tout. Tout ce qu'elle a lancé, c'est une catastrophe. Elle est patronne de France Télé, elle était avant chez Orange. [...] Elle comprend rien, la pauvre."
Tous deux semblent pourtant partager la même philosophie: alors que Cyril Hanouna aime dire que la télé, "ce n'est que de la télé", Delphine Ernotte, elle, estime que sa mission ne devrait pas être aussi scrutée. "De toute manière, même si je prends une mauvaise décision, personne ne va mourir. Je ne pilote pas une centrale nucléaire, ce n'est que de la télé, il faut se détendre un peu."
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Dans une long entretien donné au magazine Society, la patronne de France Télévisions révèle comment le journaliste a pris sa mise à l'écart.
Aucune langue de bois. Aucun détour. Et beaucoup, beaucoup de féminisme. Delphine Ernotte se lâche dans le dernier numéro de Society, sorti ce jeudi, qui lui consacre une très longue interview. La patronne de France Télévisions, interrogée sur sa réputation de "tueuse froide", assume tout et dévoile toutes les coulisses de ces mises à l'écart récentes.
Sur l'éviction soudaine de David Pujadas, en juillet dernier, elle rappelle, par exemple, que le journaliste aurait pu garder L'émission politique, sur France 2, ce qu'il a refusé de faire. "J'étais prête à discuter avec lui pour qu'il fasse plein d'autres choses. Il avait toute sa place à France Télévisions", indique Ernotte.
Mais Pujadas était bien trop énervé. "Je savais que ça allait être dur, mais je lui ai dit: 'Écoute, David, tu n'es pas viré de France Télévisions, prenons un peu le temps de discuter ensemble, de comment tu vois les choses, etc.'' Mais je pense qu'il était très choqué, furieux. C'est quand même une femme qui dit à l'un de ses employés hommes..."
Pujadas s'est "emporté tout de suite"
Delphine Ernotte estime que si l'annonce était venue d'un homme, David Pujadas aurait sans doute réagi autrement. "Ce n'est pas une critique d'ailleurs, c'est involontaire, inconscient... Bref, il s'est emporté tout de suite et est descendu à la rédaction et ça a été le feu."
Aujourd'hui, la présidente de France Télévisions remarque que personne ne lui a demandé de revenir sur sa décision. "Il y en a plusieurs qui m'ont dit: 'Vous avez le droit de changer David Pujadas. Nous, ce qu'on critique, c'est le timing.'"
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Lorsque Society l'interroge sur une autre figure de France Télévisions éjectée par surprise - Julien Lepers - Delphine Ernotte s'interroge. "Vous pensez vraiment que, parce qu'on change un animateur qui est là depuis 30 ans, on est 'brutale'? Vous ne pensez pas que c'est juste la vie?" Mais Delphine Ernotte insiste: "Est-ce que je prends un plaisir fou à virer les gens? Pas du tout. Je n'aime pas ça. Mais je suis parfois contrainte de le faire quand même."
De la difficulté d'être une femme patronne à la télé
Être une femme patronne dans le milieu de la télévision, voilà qui n'a pas l'air si facile. Ancienne dirigeante d'Orange, la légitimité de Delphine Ernotte a longtemps été remise en question. "Il y a toujours un procès en illégitimité quand on est une femme, déplore-t-elle. Gilles Pélisson n'avait pas fait de télévision avant d'être président de TF1, Bertrand Meheut, qui a été PDG de Canal, non plus, il vient de l'industrie pharmaceutique. Et personne ne leur a reproché."
Delphine Ernotte, attaquée de toutes parts, semble tenir bon. Que ce soit face aux attaques des médias, ou aux nombreux procès intentés à France Télévisions, dont un par Vincent Bolloré, patron de Canal+, qui réclame 50 millions d'euros pour la diffusion d'un Complément d'Enquête centré sur ses affaires en Afrique.
"C'est délirant de toute façon, réagit Ernotte, qui déplore les méthodes du businessman. [...] Comme beaucoup de gens de ma génération, j'ai découvert Canal+ à la grande époque. C'était une forme d'irrévérence; c'était drôle, inattendu. Aujourd'hui, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? Je pleure. C'est triste."
La patronne de France Télévisions avoue même ne comprendre pas la stratégie de Canal+. "Si vous la comprenez, vous, expliquez-moi, car je sèche, plaisante-t-elle. Quand il a supprimé Le Grand Journal, c'est absurde, mon premier réflexe a été de me dire: 'Je me désabonne.' Alors que c'était en clair... Cette stratégie sur le clair est quand même étrange : il s'autofinançait avec la pub."
Cyril Hanouna, pas le bienvenu sur France Télé
Parmi ses commentaires sur les médias, on trouve, bien entendu, une réflexion sur Cyril Hanouna, star de C8, qui a fait ses début sur France Télévisions [TPMP était diffusé sur France 4 à son lancement]. "Je ne cautionne pas ses dérapages, et je suis loin d'être fan de TPMP, mais ce que je trouve dingue chez lui, c'est le lien qu'il a créé avec le public, en particulier les jeunes", estime-t-elle. La patronne de France Télévisions n'envisage pour autant pas de faire revenir l'animateur dans le groupe. "On ne veut pas de sa vulgarité, de chroniqueurs maltraités en plateau, de blagues homophobes ou sexistes. Tout cela est impossible sur le service public."
Des propos auxquels Cyril Hanouna s'est empressé de répondre, mercredi soir, dans TPMP. "Malheureusement, la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, est plus occupée à dire des saloperies sur nous qu'à faire de bons programmes. Delphine Ernotte, je crois qu'elle connaît la télé comme moi la boucherie, a-t-il lancé sur C8. France Télévisions, c'est une catastrophe. Elle loupe tout. Tout ce qu'elle a lancé, c'est une catastrophe. Elle est patronne de France Télé, elle était avant chez Orange. [...] Elle comprend rien, la pauvre."
Tous deux semblent pourtant partager la même philosophie: alors que Cyril Hanouna aime dire que la télé, "ce n'est que de la télé", Delphine Ernotte, elle, estime que sa mission ne devrait pas être aussi scrutée. "De toute manière, même si je prends une mauvaise décision, personne ne va mourir. Je ne pilote pas une centrale nucléaire, ce n'est que de la télé, il faut se détendre un peu."
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