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Roman Polanski. A Rennes, pourquoi le TNB avait maintenu la projection de J’accuse - Ouest-France

La sortie du film « J’accuse » de Roman Polanski est tumultueuse. En cause, une nouvelle accusation de viol, qui aurait été commis il y a quarante ans par le cinéaste. Après une promotion chaotique, samedi soir, à Rennes, un groupe de militant a fait interrompre la projection du film de Roman Polanski au Théâtre National de Bretagne (TNB) pour demander sa déprogrammation.

Séances de dimanche annulées

Le 12 novembre dernier sur le site du TNB, Arthur Nauzyciel, directeur du Théâtre National de Bretagne a expliqué dans une lettre pourquoi le TNB avait maintenu la programmation.

« J’accuse, film de Roman Polanski, traite d’un sujet brûlant et d’une page d’histoire honteuse de notre pays, et dont le scandale se perpétue encore aujourd’hui, suffisamment en tout cas pour que cette histoire soit encore racontée, documentée, éclairée. Son sujet justifie de son intérêt, explique Arthur Nauzyciel. Qu’il soit en plus le résultat d’une carrière hors norme ajoute à sa valeur artistique. Cependant, son réalisateur, Roman Polanski fait l’objet, depuis des années, de plaintes pour viols et de demandes de réparation en justice. Et depuis des années, notre société est engourdie jusqu’à la surdité quant aux questions de harcèlements sexuels et de violences faites aux femmes. »

Arthur Nauzyciel, directeur du Thépatre National de Bretagne (TNB) | ARCHIVES

« Programmer ou annuler. Voir ou ne pas voir »

« Doit-on ramener le sujet historique du film aux soupçons, enquêtes, plaintes qui pèsent sur son auteur ? Peut-on dissocier l’œuvre de l’homme ? » interroge-t-il. « De plus en plus, grâce au mouvement #metoo et à la récente et courageuse prise de position de l’actrice Adèle Haenel, nous serons confrontés à ce dilemme qui nous remet profondément en question. Il s’agit d’un choix. Programmer ou annuler. Voir ou ne pas voir. Plus généralement, produire ou ne pas produire, distribuer ou ne pas distribuer. »

« Cette question se pose de manière encore plus dramatique suite au nouveau témoignage pour viol dont tous les journaux et médias se sont fait l’écho ces derniers jours. Dans ces conditions et ce contexte, le plus simple serait d’annuler les séances de J’accuse » , poursuit le directeur du TNB.

« Je n’ai pas encore vécu de moment comme celui-là : d’avoir à penser la censure possible de l’œuvre d’un autre artiste, pas à cause de son travail ou des propos tenus dans son œuvre, mais à cause des actes qu’il a et aurait commis, développe Arthur Nauzyciel. Si, à terme, la société juge que cet homme ne devrait plus être soutenu, produit, célébré pour ses créations à cause de ses actes et si la justice le déclare coupable, alors oui, cessons de le produire, cela serait juste. Mais dans la mesure où, à ce jour, l’œuvre existe ? Dans la mesure où le film, bien que signé par son réalisateur, est également le fruit du travail intellectuel, artistique, et technique de tous les autres acteur(trices), technicien(nes), historien(nes), scénaristes, producteur(trices) et distributeur(trices) impliqué(es) dans ce projet ? »

« L’occasion de débats et de prise de paroles »

« Le bruit médiatique et des réseaux sociaux ne m’aident pas à répondre pour l’instant et rapidement à cette question trop troublante pour moi. C’est trop nouveau. Pas la « question Polanski », mais le contexte actuel. Le monde doit changer, nous devons changer, alors à quoi sommes-nous prêts à renoncer ? », s’interroge encore le directeur du TNB.

« Nous sommes dans un moment charnière, et c’est bouleversant. Je souhaite profondément accompagner cette poussée vers un monde meilleur et plus juste, le réinventer à partir de nouvelles relations entre tous et toutes, basées sur le respect, la reconnaissance absolue de toute altérité, de toute égalité. Car c’est de cela qu’il s’agit. Mais ne désirant pas penser seul cette expérience inédite, je prends le risque de maintenir les séances du film pour que cela ouvre une brèche dans la compréhension de ce que nous traversons.

Assumer la programmation du film c’est assumer la difficulté que nous avons aujourd’hui à adopter un positionnement tranché alors que des paroles essentielles se libèrent, avec fracas, avec chaos, choc après choc, parole contre parole. C’est pour cela que la programmation de J’accuse sera pour nous l’occasion de débats et de prise de paroles qui nous aideront à penser mieux ce monde, à nous désengourdir d’un confort acquis par des siècles de silence. Une révolution est en marche.

Déprogrammer le film serait évacuer le débat, sa complexité, et nous ferait rater une chance de conscientiser ce que nous traversons en apprenant de nos erreurs, si ce choix, car c’en est un, s’avère en être une. »

Après les incidents de samedi soir, les trois séances de dimanche ont cependant été annulées.

Partager cet article J’accuse, de Roman Polanski, est sorti en salle le 13 novembre.
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La sortie du film « J’accuse » de Roman Polanski est tumultueuse. En cause, une nouvelle accusation de viol, qui aurait été commis il y a quarante ans par le cinéaste. Après une promotion chaotique, samedi soir, à Rennes, un groupe de militant a fait interrompre la projection du film de Roman Polanski au Théâtre National de Bretagne (TNB) pour demander sa déprogrammation.

Séances de dimanche annulées

Le 12 novembre dernier sur le site du TNB, Arthur Nauzyciel, directeur du Théâtre National de Bretagne a expliqué dans une lettre pourquoi le TNB avait maintenu la programmation.

« J’accuse, film de Roman Polanski, traite d’un sujet brûlant et d’une page d’histoire honteuse de notre pays, et dont le scandale se perpétue encore aujourd’hui, suffisamment en tout cas pour que cette histoire soit encore racontée, documentée, éclairée. Son sujet justifie de son intérêt, explique Arthur Nauzyciel. Qu’il soit en plus le résultat d’une carrière hors norme ajoute à sa valeur artistique. Cependant, son réalisateur, Roman Polanski fait l’objet, depuis des années, de plaintes pour viols et de demandes de réparation en justice. Et depuis des années, notre société est engourdie jusqu’à la surdité quant aux questions de harcèlements sexuels et de violences faites aux femmes. »

Arthur Nauzyciel, directeur du Thépatre National de Bretagne (TNB) | ARCHIVES

« Programmer ou annuler. Voir ou ne pas voir »

« Doit-on ramener le sujet historique du film aux soupçons, enquêtes, plaintes qui pèsent sur son auteur ? Peut-on dissocier l’œuvre de l’homme ? » interroge-t-il. « De plus en plus, grâce au mouvement #metoo et à la récente et courageuse prise de position de l’actrice Adèle Haenel, nous serons confrontés à ce dilemme qui nous remet profondément en question. Il s’agit d’un choix. Programmer ou annuler. Voir ou ne pas voir. Plus généralement, produire ou ne pas produire, distribuer ou ne pas distribuer. »

« Cette question se pose de manière encore plus dramatique suite au nouveau témoignage pour viol dont tous les journaux et médias se sont fait l’écho ces derniers jours. Dans ces conditions et ce contexte, le plus simple serait d’annuler les séances de J’accuse » , poursuit le directeur du TNB.

« Je n’ai pas encore vécu de moment comme celui-là : d’avoir à penser la censure possible de l’œuvre d’un autre artiste, pas à cause de son travail ou des propos tenus dans son œuvre, mais à cause des actes qu’il a et aurait commis, développe Arthur Nauzyciel. Si, à terme, la société juge que cet homme ne devrait plus être soutenu, produit, célébré pour ses créations à cause de ses actes et si la justice le déclare coupable, alors oui, cessons de le produire, cela serait juste. Mais dans la mesure où, à ce jour, l’œuvre existe ? Dans la mesure où le film, bien que signé par son réalisateur, est également le fruit du travail intellectuel, artistique, et technique de tous les autres acteur(trices), technicien(nes), historien(nes), scénaristes, producteur(trices) et distributeur(trices) impliqué(es) dans ce projet ? »

« L’occasion de débats et de prise de paroles »

« Le bruit médiatique et des réseaux sociaux ne m’aident pas à répondre pour l’instant et rapidement à cette question trop troublante pour moi. C’est trop nouveau. Pas la « question Polanski », mais le contexte actuel. Le monde doit changer, nous devons changer, alors à quoi sommes-nous prêts à renoncer ? », s’interroge encore le directeur du TNB.

« Nous sommes dans un moment charnière, et c’est bouleversant. Je souhaite profondément accompagner cette poussée vers un monde meilleur et plus juste, le réinventer à partir de nouvelles relations entre tous et toutes, basées sur le respect, la reconnaissance absolue de toute altérité, de toute égalité. Car c’est de cela qu’il s’agit. Mais ne désirant pas penser seul cette expérience inédite, je prends le risque de maintenir les séances du film pour que cela ouvre une brèche dans la compréhension de ce que nous traversons.

Assumer la programmation du film c’est assumer la difficulté que nous avons aujourd’hui à adopter un positionnement tranché alors que des paroles essentielles se libèrent, avec fracas, avec chaos, choc après choc, parole contre parole. C’est pour cela que la programmation de J’accuse sera pour nous l’occasion de débats et de prise de paroles qui nous aideront à penser mieux ce monde, à nous désengourdir d’un confort acquis par des siècles de silence. Une révolution est en marche.

Déprogrammer le film serait évacuer le débat, sa complexité, et nous ferait rater une chance de conscientiser ce que nous traversons en apprenant de nos erreurs, si ce choix, car c’en est un, s’avère en être une. »

Après les incidents de samedi soir, les trois séances de dimanche ont cependant été annulées.

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