CLASSE ACTION
Depuis le brillant Révélations de Michael Mann, le thriller politique centré autour de la figure du lanceur d’alerte et/ou du journaliste a prospéré. Le scandale sanitaire lié aux agissements de l’entreprise Dupont comptant parmi ceux qui ont violemment secoué l’opinion publique américaine au cours de ces dernières décennies, on ne s’étonne donc pas de le voir aujourd’hui transposé à l’écran. La présence de Todd Haynes derrière la caméra s’avère en revanche beaucoup plus surprenante.
Et à plusieurs égards, on comprend ce qui a pu intéresser ce metteur en scène rompu aux drames intimistes à se pencher sur ce récit. Lui qui scrute avec précision les dilemmes, les changements d’état et les contradictions de protagonistes enfermés dans les carcans d’une société rigide, il a pu investir avec sensibilité le parcours de Rob Bilott (interprété avec vulnérabilité et justesse par Mark Ruffalo), avocat d’affaires prenant fait et cause pour une communauté empoisonnée par un géant de l’industrie chimique.
Quand la caméra ausculte le lent basculement d’un technicien du droit peu préoccupé d’éthique, qu’il dévoile les ténèbres d’incertitudes ou plonge dans un combat légal riche en coups bas, on retrouve l’empathie, la vibration inquiète, qui ont souvent marqué son cinéma.
Associé au talent de Mark Ruffalo, le découpage compose souvent des scènes remarquables, où la tension générée par une situation bien concrète glisse subtilement vers une forme d’angoisse existentielle irrépressible. Qu’il enregistre les tensions de réunions glaciales entre juristes et industriels ou capture le désespoir rampant d’une bourgade dont les corps ploient sous l’effet d’un venin insidieux, le réalisateur parvient ici et là à insuffler une atmosphère noire, presque surréaliste, lorsque les idéaux se voient enserrés dans une gangue de cynisme inextricable.
EAU CROUPIE
Malheureusement, ces séquences se font de plus en plus rares à mesure que progresse l’intrigue. En effet, Todd Haynes ne parvient pas tout à fait à s’affranchir du schéma narratif propre au genre qu’il visite. Et pour l’essentiel du récit, on le sent timoré, contenu. Les dialogues s’enchaînent, les délibérations s’empilent, au gré d’un tempo qui se fait progressivement de plus en plus mécanique, empesé. Hésitant peut-être à avoir recours à des ellipses trop importantes, ou à violenter un canevas très installé dans l’esprit du public, l’auteur semble par endroits disparaître.
À tel point qu’on se désole de l’écriture de certains personnages secondaires, réduits à de simples vignettes, quand leur personnalité n’est pas malmenée, voire franchement incohérente, dans le seul but de souligner les effets de la mise en scène. Le personnage d’Anne Hathaway change ainsi brutalement, de scène en scène, au gré des exigences du récit et au détriment de toute logique, quitte à le réduire à un pur levier narratif. Ces facilités déçoivent d’autant plus de la part du réalisateur de Carol, portraitiste accompli et auteur de plusieurs récits féminins marquants. Malgré de beaux moments, on espère que ce Dark Waters où il s’embourbe ne sera qu’un pas de côté.
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Depuis le brillant Révélations de Michael Mann, le thriller politique centré autour de la figure du lanceur d’alerte et/ou du journaliste a prospéré. Le scandale sanitaire lié aux agissements de l’entreprise Dupont comptant parmi ceux qui ont violemment secoué l’opinion publique américaine au cours de ces dernières décennies, on ne s’étonne donc pas de le voir aujourd’hui transposé à l’écran. La présence de Todd Haynes derrière la caméra s’avère en revanche beaucoup plus surprenante.
Et à plusieurs égards, on comprend ce qui a pu intéresser ce metteur en scène rompu aux drames intimistes à se pencher sur ce récit. Lui qui scrute avec précision les dilemmes, les changements d’état et les contradictions de protagonistes enfermés dans les carcans d’une société rigide, il a pu investir avec sensibilité le parcours de Rob Bilott (interprété avec vulnérabilité et justesse par Mark Ruffalo), avocat d’affaires prenant fait et cause pour une communauté empoisonnée par un géant de l’industrie chimique.
Quand la caméra ausculte le lent basculement d’un technicien du droit peu préoccupé d’éthique, qu’il dévoile les ténèbres d’incertitudes ou plonge dans un combat légal riche en coups bas, on retrouve l’empathie, la vibration inquiète, qui ont souvent marqué son cinéma.
Associé au talent de Mark Ruffalo, le découpage compose souvent des scènes remarquables, où la tension générée par une situation bien concrète glisse subtilement vers une forme d’angoisse existentielle irrépressible. Qu’il enregistre les tensions de réunions glaciales entre juristes et industriels ou capture le désespoir rampant d’une bourgade dont les corps ploient sous l’effet d’un venin insidieux, le réalisateur parvient ici et là à insuffler une atmosphère noire, presque surréaliste, lorsque les idéaux se voient enserrés dans une gangue de cynisme inextricable.
EAU CROUPIE
Malheureusement, ces séquences se font de plus en plus rares à mesure que progresse l’intrigue. En effet, Todd Haynes ne parvient pas tout à fait à s’affranchir du schéma narratif propre au genre qu’il visite. Et pour l’essentiel du récit, on le sent timoré, contenu. Les dialogues s’enchaînent, les délibérations s’empilent, au gré d’un tempo qui se fait progressivement de plus en plus mécanique, empesé. Hésitant peut-être à avoir recours à des ellipses trop importantes, ou à violenter un canevas très installé dans l’esprit du public, l’auteur semble par endroits disparaître.
À tel point qu’on se désole de l’écriture de certains personnages secondaires, réduits à de simples vignettes, quand leur personnalité n’est pas malmenée, voire franchement incohérente, dans le seul but de souligner les effets de la mise en scène. Le personnage d’Anne Hathaway change ainsi brutalement, de scène en scène, au gré des exigences du récit et au détriment de toute logique, quitte à le réduire à un pur levier narratif. Ces facilités déçoivent d’autant plus de la part du réalisateur de Carol, portraitiste accompli et auteur de plusieurs récits féminins marquants. Malgré de beaux moments, on espère que ce Dark Waters où il s’embourbe ne sera qu’un pas de côté.
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