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Les Britanniques ont commémoré avec une certaine réserve l'anniversaire de la mort de Lady Di, loin, très loin de l'hystérie collective de l'époque.
Les robes d’une princesse n’attendent pas, elles ignorent superbement météo, commémorations ou anniversaires. Elles sont là pour être vues, pour faire rêver ou envie, c’est selon. Ça bouchonne sec ce jeudi matin à l’entrée du palais de Kensington. Les visiteurs se pressent à l’entrée de l’exposition sur les robes de Diana, princesse de Galles, avec leur sésame, le ticket acheté il y a plusieurs mois tant l’affluence est grande.
A deux pas, le White Garden, le jardin inauguré la veille sous une pluie battante par les deux fils de Diana, les princes William et Harry, est aujourd’hui baigné de soleil. Les centaines de roses et de cosmos blancs s’agitent doucement dans la brise. Au milieu du jardin, des fontaines murmurent délicatement. Les promeneurs, qui se baladent sous une pergola de tilleuls, baissent naturellement la voix. Le lieu se prête au silence, pas forcément au recueillement. Le cadre est idyllique. Impossible de ne pas l’imaginer là, cette princesse fantasmée, caressant d’une main les fleurs délicates, jetant un regard malicieux, par en dessous, aux photographes nombreux. Le jardin a été conçu comme un hommage pour le vingtième anniversaire de sa mort. Il est aussi un ultime cadre pour figer un peu plus cette jeune femme, morte à 36 ans.
Groupies
Les photographes et les caméras sont revenus. La foule aussi, bien plus clairsemée qu’il y a deux décennies, lorsque le pays sembla pris d’une véritable hystérie de chagrin collectif. Mais les habitués n’ont pas manqué le rendez-vous. Il y a cette dame allemande en chapeau noir adorné de deux grosses fleurs mauves. Elle vient chaque année de Hambourg pour «rendre hommage à un ange».«Elle est là, elle est là, je la sens !», s’exclame-t-elle, exaltée. Ce jour est son jour, elle papillote, vole d’un micro à une caméra, d’un photographe à l’autre. Elle existe.
Contre la grille, des groupies font salon sur des chaises pliantes. Elles ont installé sur une table improvisée un énorme gâteau, sur le glaçage duquel une photo de Diana est imprimée, «dans la robe rouge de son dernier engagement officiel».
Un peu à l’écart sur un banc, Pip Bensley, 53 ans, s’applique. Elle plante des fleurs blanches dans un immense cœur en mousse. «Aujourd’hui, c’est un jour pour les gens comme moi, ordinaires, pour rendre un hommage simple.» Pip était là il y a vingt ans : «Mes enfants étaient tout petits, je les avais amenés avec moi, se rappelle-t-elle avec une intacte ferveur. Diana a tout changé. Elle a permis à la société britannique de montrer ses sentiments, de prendre plus soins les uns des autres.»
«Parce qu’elle a tout changé»
Une femme en maillot de rugby et casquette aux couleurs du pays de Galles (rouge, blanc et vert) promène son chien dans une poussette rose. Un employé du parc passe en voiturette de golf, propose de l’emmener jusqu’à la grille du palais de Kensington, à 20 mètres de là. La dame aux cheveux blond platine se confond en remerciements, monte sur la banquette arrière. Avec la poussette rose et le chien dedans. Tout reste normal au pays de Lady Di.
Juste en face du palais, une école maternelle a choisi d’organiser un match de foot pour ses élèves de deux et trois ans. Ça hurle, ça court et ça rigole dans tous les sens. «Elle aurait adoré», murmure, les yeux pleins de larmes, une dame aux cheveux blancs.
Ian Jackman, 60 ans, se tient tout raide, avec son bouquet de roses blanches. Il explique qu’il était presque de la famille. Forcément, il a suivi Diana «dans plus d’une cinquantaine d’engagements publics». «Où elle allait, j’allais. A force, elle a fini par me reconnaître et me saluer. Un jour, elle m’a même dit que je lui donnais confiance quand elle me repérait dans une foule d’inconnus.» Cette proximité lui a valu une invitation aux funérailles, affirme-t-il. Il exhibe une photo avec l’enveloppe à son nom. «Juste pour que vous ne pensiez pas que j’invente, que je suis mythomane ou un harceleur.» On demande, pour la énième fois, «mais pourquoi ce culte ?» «Mais parce qu’elle a tout changé, la famille royale, elle l’a rendue plus accessible, et la société aussi !» Il s’éloigne et va poser délicatement son bouquet parmi les dizaines d’autres. Pendant ce temps, les bobbies prennent en photo les touristes.
Diadème de plastique
Soudain, un cercle se forme autour d’une longue et imposante silhouette. Le père Frank Gelli, en aube noire, harangue les passants, comme chaque année, et bénit la foule. Il explique avoir été le révérend de l’église voisine, où se recueillait Diana, mais sa mémoire flanche un peu sur les détails précis de sa carrière. Qu’importe, il a la prestance et le costume, il joue le jeu parfaitement. Les spectateurs sont ravis, les selfies abondent. D’ailleurs, lorsqu’il entonne le Notre Père, une femme arrête de lécher sa glace à la vanille pour déclamer à sa suite. Une autre, un diadème de plastique posé sur ses boucles blondes, fond en larmes. Voilà comment naissent les gourous.
On se souvient soudain des propos de ses fils William et Harry, qui se sont confiés un peu cet été dans deux documentaires pour la télévision. Ils évoquaient ce sentiment surréaliste, presque désagréable à l’époque, de «voir ces gens pleurer, hurler de désespoir, déchirés par la perte de quelqu’un qu’ils ne connaissaient même pas».
Eux, à 12 et 15 ans, avaient perdu leur mère et n’ont pas eu le droit de pleurer ou de hurler en public. Devant les grilles de Kensington, dans le jardin blanc du souvenir, Diana n’est plus dans le cadre. Et eux non plus.
A lire aussi :Lady Di et le triomphe du rien
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Les Britanniques ont commémoré avec une certaine réserve l'anniversaire de la mort de Lady Di, loin, très loin de l'hystérie collective de l'époque.
Les robes d’une princesse n’attendent pas, elles ignorent superbement météo, commémorations ou anniversaires. Elles sont là pour être vues, pour faire rêver ou envie, c’est selon. Ça bouchonne sec ce jeudi matin à l’entrée du palais de Kensington. Les visiteurs se pressent à l’entrée de l’exposition sur les robes de Diana, princesse de Galles, avec leur sésame, le ticket acheté il y a plusieurs mois tant l’affluence est grande.
A deux pas, le White Garden, le jardin inauguré la veille sous une pluie battante par les deux fils de Diana, les princes William et Harry, est aujourd’hui baigné de soleil. Les centaines de roses et de cosmos blancs s’agitent doucement dans la brise. Au milieu du jardin, des fontaines murmurent délicatement. Les promeneurs, qui se baladent sous une pergola de tilleuls, baissent naturellement la voix. Le lieu se prête au silence, pas forcément au recueillement. Le cadre est idyllique. Impossible de ne pas l’imaginer là, cette princesse fantasmée, caressant d’une main les fleurs délicates, jetant un regard malicieux, par en dessous, aux photographes nombreux. Le jardin a été conçu comme un hommage pour le vingtième anniversaire de sa mort. Il est aussi un ultime cadre pour figer un peu plus cette jeune femme, morte à 36 ans.
Groupies
Les photographes et les caméras sont revenus. La foule aussi, bien plus clairsemée qu’il y a deux décennies, lorsque le pays sembla pris d’une véritable hystérie de chagrin collectif. Mais les habitués n’ont pas manqué le rendez-vous. Il y a cette dame allemande en chapeau noir adorné de deux grosses fleurs mauves. Elle vient chaque année de Hambourg pour «rendre hommage à un ange».«Elle est là, elle est là, je la sens !», s’exclame-t-elle, exaltée. Ce jour est son jour, elle papillote, vole d’un micro à une caméra, d’un photographe à l’autre. Elle existe.
Contre la grille, des groupies font salon sur des chaises pliantes. Elles ont installé sur une table improvisée un énorme gâteau, sur le glaçage duquel une photo de Diana est imprimée, «dans la robe rouge de son dernier engagement officiel».
Un peu à l’écart sur un banc, Pip Bensley, 53 ans, s’applique. Elle plante des fleurs blanches dans un immense cœur en mousse. «Aujourd’hui, c’est un jour pour les gens comme moi, ordinaires, pour rendre un hommage simple.» Pip était là il y a vingt ans : «Mes enfants étaient tout petits, je les avais amenés avec moi, se rappelle-t-elle avec une intacte ferveur. Diana a tout changé. Elle a permis à la société britannique de montrer ses sentiments, de prendre plus soins les uns des autres.»
«Parce qu’elle a tout changé»
Une femme en maillot de rugby et casquette aux couleurs du pays de Galles (rouge, blanc et vert) promène son chien dans une poussette rose. Un employé du parc passe en voiturette de golf, propose de l’emmener jusqu’à la grille du palais de Kensington, à 20 mètres de là. La dame aux cheveux blond platine se confond en remerciements, monte sur la banquette arrière. Avec la poussette rose et le chien dedans. Tout reste normal au pays de Lady Di.
Juste en face du palais, une école maternelle a choisi d’organiser un match de foot pour ses élèves de deux et trois ans. Ça hurle, ça court et ça rigole dans tous les sens. «Elle aurait adoré», murmure, les yeux pleins de larmes, une dame aux cheveux blancs.
Ian Jackman, 60 ans, se tient tout raide, avec son bouquet de roses blanches. Il explique qu’il était presque de la famille. Forcément, il a suivi Diana «dans plus d’une cinquantaine d’engagements publics». «Où elle allait, j’allais. A force, elle a fini par me reconnaître et me saluer. Un jour, elle m’a même dit que je lui donnais confiance quand elle me repérait dans une foule d’inconnus.» Cette proximité lui a valu une invitation aux funérailles, affirme-t-il. Il exhibe une photo avec l’enveloppe à son nom. «Juste pour que vous ne pensiez pas que j’invente, que je suis mythomane ou un harceleur.» On demande, pour la énième fois, «mais pourquoi ce culte ?» «Mais parce qu’elle a tout changé, la famille royale, elle l’a rendue plus accessible, et la société aussi !» Il s’éloigne et va poser délicatement son bouquet parmi les dizaines d’autres. Pendant ce temps, les bobbies prennent en photo les touristes.
Diadème de plastique
Soudain, un cercle se forme autour d’une longue et imposante silhouette. Le père Frank Gelli, en aube noire, harangue les passants, comme chaque année, et bénit la foule. Il explique avoir été le révérend de l’église voisine, où se recueillait Diana, mais sa mémoire flanche un peu sur les détails précis de sa carrière. Qu’importe, il a la prestance et le costume, il joue le jeu parfaitement. Les spectateurs sont ravis, les selfies abondent. D’ailleurs, lorsqu’il entonne le Notre Père, une femme arrête de lécher sa glace à la vanille pour déclamer à sa suite. Une autre, un diadème de plastique posé sur ses boucles blondes, fond en larmes. Voilà comment naissent les gourous.
On se souvient soudain des propos de ses fils William et Harry, qui se sont confiés un peu cet été dans deux documentaires pour la télévision. Ils évoquaient ce sentiment surréaliste, presque désagréable à l’époque, de «voir ces gens pleurer, hurler de désespoir, déchirés par la perte de quelqu’un qu’ils ne connaissaient même pas».
Eux, à 12 et 15 ans, avaient perdu leur mère et n’ont pas eu le droit de pleurer ou de hurler en public. Devant les grilles de Kensington, dans le jardin blanc du souvenir, Diana n’est plus dans le cadre. Et eux non plus.
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