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Rockin' 1000 : «J’ai joué au Stade de France» - Le Parisien

Je devais avoir 18 ans quand j'ai appris à la guitare basse « I Wanna Be Your Dog », des Stooges d'Iggy Pop. Souvenir mémorable de le jouer pour la première fois à la fête de la musique. Et puis un jour, j'ai rangé ma basse dans son étui. Elle y a dormi 25 ans. Jusqu'en janvier dernier.

Le Stade de France a annoncé qu'il allait produire Rockin' 1000, concert géant créé en Italie il y a quatre ans avec un millier de musiciens amateurs. J'étais à la conférence de presse. C'était un défi fou. Mais Philippe Manœuvre, choisi comme parrain, était à fond : « Le rock n'est pas mort. On va le prouver ».

Alors moi aussi, je me suis lancé un défi fou : me remettre à la basse, vivre l'aventure de l'intérieur et rejouer « I Wanna Be Your Dog » dans la plus grande salle de concert de France. Mon histoire, c'est l'histoire des 1038 fans de rock qui ont joué samedi soir devant 50 000 spectateurs : 197 bassistes, 209 chanteurs et chanteuses, 238 batteurs et 394 guitaristes. Le plus grand groupe du monde.

Rockin'1000 : « J'ai joué au Stade de France »

Premier challenge, être sélectionné

Au boulot ! Premier challenge, être sélectionné. Il y a 5 000 candidats au total. Je rachète cordes et médiators. Un ami musicien m'aide à maîtriser « Seven Nation Army », chanson des White Stripes devenu hymne de stade, avant que ma fille ne filme ma prestation. J'envoie ma vidéo. Réponse de l'équipe de Rockin' 1000 : « Participation confirmée ». Ouf. Sur son site Internet, 19 classiques du rock sont dévoilés petit à petit avec leurs partitions et tutos vidéo.

Le prof de basse - que l'on appelle « gourou » - explique très bien, mais c'est assez fastidieux d'apprendre seul devant son ordinateur. Je m'y attelle vraiment il y a deux semaines et comprends avec effroi que je suis très en retard. Heureusement, les participants au concert ont créé une page Facebook. François et Delphine, deux Parisiens, me proposent de rejoindre leur répétition.

Répétitions caniculaires

Nous sommes quinze à suer dans un studio surchauffé, mais pendant trois heures, les quatre bassistes m'aident et me motivent. « Mais fais gaffe, me préviens Christophe, parce que tu risques d'avoir des ampoules le jour J ».

Répétitions caniculaires et solidaires. Retrouvailles jeudi pour les répétitions dans le stade. Rendez-vous à 7 heures pour les bassistes. Installation de nos amplis sur la pelouse, première répétition entre nous, pour régler le son. Nous sommes au centre, entourés des batteurs, puis des guitaristes aux deux extrémités. Les chanteurs et chanteuses sont devant. Le hasard me place à côté d'Adrien, Philippe et Franck. La solidarité est de mise. « Il n'y a ni bons ni mauvais, nous sommes tous là pour la musique », résume Franck, qui fait le spectacle en courant dans tous les sens et en jouant divinement malgré une paralysie du bras et de la main.

Pendant deux jours, que de rencontres : un père et son fils, sept élèves de 24 à 62 ans de l'école de musique de Mériel (Val-d'Oise), un conseiller municipal de Neuilly-Plaisance, Karine, une quadra toulonnaise qui a débuté la guitare il y a un an et demi, Lorenzo et Dorothy, deux Italiens qui avaient participé aux Rockin'1000 dans leur pays et voulaient vivre celui de Paris, le plus grand.

Alex Deschamps, le chef d'orchestre, nous dirige avec ce qu'il faut d'enthousiasme et de poigne. Fabio Zaffagnini, qui a inventé Rockin'1000 en 2015 pour faire venir le groupe Foo Fighters dans sa ville, et Philippe Manœuvre viennent galvaniser les troupes, assommées par la canicule.

Frissons et plaisir

Vendredi soir, la répétition générale donne le ton. Le stade est vide mais les frissons et le plaisir sont déjà là. On va allumer le feu, c'est sûr, mais pour l'instant, j'ai les doigts en feu. We will rock you ! Toujours soigner son entrée.

Samedi après-midi, répétition et dernières consignes. « Ne saluez pas en entrant. Ne vous prenez pas pour des rock stars. » L'heure qui précède le show est interminable. On regarde avec fébrilité et excitation le public s'installer. Dans les vestiaires, chacun se prépare, se maquille, refait sa crête, met son kilt, se transforme en renard, en Mario…

Plus ça approche, plus ça crie, ça chante, ça stresse. Et puis c'est l'heure. On se tape dans les mains, on se prend dans les bras. Les bassistes sont les premiers à entrer. Grand frisson en descendant sur le terrain sous l'ovation de 50 000 spectateurs. Puis la concentration. Alex nous fait jurer de ne pas faire de fausses notes. Je passe mon tour, de peur d'aller direct en enfer. Mais pour le reste…

1038 musiciens, guitaristes, batteurs, bassistes et chanteurs ont joué samedi soir au Stade de France devant plus de 50 000 spectateurs. LP/Aurélie Ladet
1038 musiciens, guitaristes, batteurs, bassistes et chanteurs ont joué samedi soir au Stade de France devant plus de 50 000 spectateurs. LP/Aurélie Ladet  

Pendant deux heures, quel pied, quelle fête ! Bondir comme un gamin en jouant AC/DC, Nirvana, Queen et « I Wanna Be Your Dog », « Allumer le feu » avec Nono, le guitariste de Trust invité de la soirée, s'émerveiller quand des milliers de portables illuminent le stade…

Tour d'honneur

Pour nous, le son n'est pas idéal - on joue avec un casque pour garder le tempo et on entend peu les guitares et les voix -, mais le plaisir, la puissance partagés et la communion avec le public pulvérisent tout. Et puis il y a ce moment imprévu et magique quand les lumières se rallument. Les musiciens foncent au pied des gradins saluer leurs familles, leurs amis.

Pendant de longues minutes, tout le stade chante ensemble et s'applaudit. Je réalise que j'ai deux ampoules aux doigts, je n'avais rien senti. Nous faisons un tour d'honneur, pris dans une douce euphorie, un tourbillon d'émotions. Beaucoup sont en larmes. Je tombe dans les bras de Philippe Manœuvre. « Bravo et merci les gars ! Le son était terrible. C'était génial ! » On signe tous pour un deuxième Rockin' 1000.

Let's block ads! (Why?)

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Je devais avoir 18 ans quand j'ai appris à la guitare basse « I Wanna Be Your Dog », des Stooges d'Iggy Pop. Souvenir mémorable de le jouer pour la première fois à la fête de la musique. Et puis un jour, j'ai rangé ma basse dans son étui. Elle y a dormi 25 ans. Jusqu'en janvier dernier.

Le Stade de France a annoncé qu'il allait produire Rockin' 1000, concert géant créé en Italie il y a quatre ans avec un millier de musiciens amateurs. J'étais à la conférence de presse. C'était un défi fou. Mais Philippe Manœuvre, choisi comme parrain, était à fond : « Le rock n'est pas mort. On va le prouver ».

Alors moi aussi, je me suis lancé un défi fou : me remettre à la basse, vivre l'aventure de l'intérieur et rejouer « I Wanna Be Your Dog » dans la plus grande salle de concert de France. Mon histoire, c'est l'histoire des 1038 fans de rock qui ont joué samedi soir devant 50 000 spectateurs : 197 bassistes, 209 chanteurs et chanteuses, 238 batteurs et 394 guitaristes. Le plus grand groupe du monde.

Rockin'1000 : « J'ai joué au Stade de France »

Premier challenge, être sélectionné

Au boulot ! Premier challenge, être sélectionné. Il y a 5 000 candidats au total. Je rachète cordes et médiators. Un ami musicien m'aide à maîtriser « Seven Nation Army », chanson des White Stripes devenu hymne de stade, avant que ma fille ne filme ma prestation. J'envoie ma vidéo. Réponse de l'équipe de Rockin' 1000 : « Participation confirmée ». Ouf. Sur son site Internet, 19 classiques du rock sont dévoilés petit à petit avec leurs partitions et tutos vidéo.

Le prof de basse - que l'on appelle « gourou » - explique très bien, mais c'est assez fastidieux d'apprendre seul devant son ordinateur. Je m'y attelle vraiment il y a deux semaines et comprends avec effroi que je suis très en retard. Heureusement, les participants au concert ont créé une page Facebook. François et Delphine, deux Parisiens, me proposent de rejoindre leur répétition.

Répétitions caniculaires

Nous sommes quinze à suer dans un studio surchauffé, mais pendant trois heures, les quatre bassistes m'aident et me motivent. « Mais fais gaffe, me préviens Christophe, parce que tu risques d'avoir des ampoules le jour J ».

Répétitions caniculaires et solidaires. Retrouvailles jeudi pour les répétitions dans le stade. Rendez-vous à 7 heures pour les bassistes. Installation de nos amplis sur la pelouse, première répétition entre nous, pour régler le son. Nous sommes au centre, entourés des batteurs, puis des guitaristes aux deux extrémités. Les chanteurs et chanteuses sont devant. Le hasard me place à côté d'Adrien, Philippe et Franck. La solidarité est de mise. « Il n'y a ni bons ni mauvais, nous sommes tous là pour la musique », résume Franck, qui fait le spectacle en courant dans tous les sens et en jouant divinement malgré une paralysie du bras et de la main.

Pendant deux jours, que de rencontres : un père et son fils, sept élèves de 24 à 62 ans de l'école de musique de Mériel (Val-d'Oise), un conseiller municipal de Neuilly-Plaisance, Karine, une quadra toulonnaise qui a débuté la guitare il y a un an et demi, Lorenzo et Dorothy, deux Italiens qui avaient participé aux Rockin'1000 dans leur pays et voulaient vivre celui de Paris, le plus grand.

Alex Deschamps, le chef d'orchestre, nous dirige avec ce qu'il faut d'enthousiasme et de poigne. Fabio Zaffagnini, qui a inventé Rockin'1000 en 2015 pour faire venir le groupe Foo Fighters dans sa ville, et Philippe Manœuvre viennent galvaniser les troupes, assommées par la canicule.

Frissons et plaisir

Vendredi soir, la répétition générale donne le ton. Le stade est vide mais les frissons et le plaisir sont déjà là. On va allumer le feu, c'est sûr, mais pour l'instant, j'ai les doigts en feu. We will rock you ! Toujours soigner son entrée.

Samedi après-midi, répétition et dernières consignes. « Ne saluez pas en entrant. Ne vous prenez pas pour des rock stars. » L'heure qui précède le show est interminable. On regarde avec fébrilité et excitation le public s'installer. Dans les vestiaires, chacun se prépare, se maquille, refait sa crête, met son kilt, se transforme en renard, en Mario…

Plus ça approche, plus ça crie, ça chante, ça stresse. Et puis c'est l'heure. On se tape dans les mains, on se prend dans les bras. Les bassistes sont les premiers à entrer. Grand frisson en descendant sur le terrain sous l'ovation de 50 000 spectateurs. Puis la concentration. Alex nous fait jurer de ne pas faire de fausses notes. Je passe mon tour, de peur d'aller direct en enfer. Mais pour le reste…

1038 musiciens, guitaristes, batteurs, bassistes et chanteurs ont joué samedi soir au Stade de France devant plus de 50 000 spectateurs. LP/Aurélie Ladet
1038 musiciens, guitaristes, batteurs, bassistes et chanteurs ont joué samedi soir au Stade de France devant plus de 50 000 spectateurs. LP/Aurélie Ladet  

Pendant deux heures, quel pied, quelle fête ! Bondir comme un gamin en jouant AC/DC, Nirvana, Queen et « I Wanna Be Your Dog », « Allumer le feu » avec Nono, le guitariste de Trust invité de la soirée, s'émerveiller quand des milliers de portables illuminent le stade…

Tour d'honneur

Pour nous, le son n'est pas idéal - on joue avec un casque pour garder le tempo et on entend peu les guitares et les voix -, mais le plaisir, la puissance partagés et la communion avec le public pulvérisent tout. Et puis il y a ce moment imprévu et magique quand les lumières se rallument. Les musiciens foncent au pied des gradins saluer leurs familles, leurs amis.

Pendant de longues minutes, tout le stade chante ensemble et s'applaudit. Je réalise que j'ai deux ampoules aux doigts, je n'avais rien senti. Nous faisons un tour d'honneur, pris dans une douce euphorie, un tourbillon d'émotions. Beaucoup sont en larmes. Je tombe dans les bras de Philippe Manœuvre. « Bravo et merci les gars ! Le son était terrible. C'était génial ! » On signe tous pour un deuxième Rockin' 1000.

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