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Cinéma. Anatomie du sacre de Justine Triet à la Nuit des César - Sud Ouest

Déjà minuit sonné quand Justine Triet monte sur la scène de l’Olympia, pour recevoir le César de meilleur film décerné à « Anatomie d’une chute ». « Je dédie ce trophée aux actrices et aux réalisatrices dans cette salle. Et à toutes les femmes. Celles qui existent trop ou pas assez. Celles qui réussissent et celles qui ratent, celles que l’on a blessées et qui se libèrent en parlant. Et celles qui n’y arrivent pas ».

Plus que jamais, les César ont cette année mis en avant la place des femmes dans l’industrie du cinéma français. D’abord à travers les nominations, inédites : par exemple dans la catégorie « meilleure actrice », tous les films étaient réalisés par des femmes. Par son palmarès aussi : pour la seconde fois seulement en 49 ans, le trophée de la meilleure réalisation a été décerné à une femme (Justine Triet, encore...

Déjà minuit sonné quand Justine Triet monte sur la scène de l’Olympia, pour recevoir le César de meilleur film décerné à « Anatomie d’une chute ». « Je dédie ce trophée aux actrices et aux réalisatrices dans cette salle. Et à toutes les femmes. Celles qui existent trop ou pas assez. Celles qui réussissent et celles qui ratent, celles que l’on a blessées et qui se libèrent en parlant. Et celles qui n’y arrivent pas ».

Plus que jamais, les César ont cette année mis en avant la place des femmes dans l’industrie du cinéma français. D’abord à travers les nominations, inédites : par exemple dans la catégorie « meilleure actrice », tous les films étaient réalisés par des femmes. Par son palmarès aussi : pour la seconde fois seulement en 49 ans, le trophée de la meilleure réalisation a été décerné à une femme (Justine Triet, encore). Et ce n’est pas tout : Mona Chokri pour le film étranger, Chiara Malta pour celui d’animation, Kaouther Ben Hania pour le documentaire, Valérie Donzelli et Audrey Diwan pour le scénario, Mathilde Bédouet pour le court-métrage d’animation, Gala Hernández López pour le court-métrage documentaire ou Alice Douard pour celui de fiction… Plus de la moitié des récompenses (16 sur 26) ont récompensé des professionnelles du 7e art.

Justine Triet, seconde femme de l’histoire des César à recevoir le prix de la meilleure réalisation, 24 ans après Tonie Marshall.
Justine Triet, seconde femme de l’histoire des César à recevoir le prix de la meilleure réalisation, 24 ans après Tonie Marshall.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

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« À l’aube d’un jour nouveau »

Après les accusations de viol envers Benoît Jacquot et Jacques Doillon (qui, tous deux, les nient), les César avaient décidé de donner la parole à Judith Godrèche. Accueillie sur scène par Ariane Ascaride, l’actrice, figure de proue du mouvement #MeToo quatre ans après la spectaculaire sortie d’Adèle Haenel, semble émue lorsque vers 21 h 30, elle se présente « face à une foule, les yeux dans les yeux ». Pour poser cette question : « pourquoi accepter que cet art que nous aimons tant, cet art qui nous lie, soit utilisé comme une couverture pour un trafic illicite de jeunes filles ? ».

Judith Godrèche, applaudie debout, a été accueillie sur la scène par Ariane Ascaride.
Judith Godrèche, applaudie debout, a été accueillie sur la scène par Ariane Ascaride.

STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Appelant à rompre le silence, l’actrice avoue n’avoir pas prémédité de devoir jouer le rôle de « revenante des Amériques qui vient donner des coups de pied dans une porte blindée. […] Nous sommes à l’aube d’un jour nouveau. Nous pouvons décider que des hommes accusés de viol ne peuvent plus faire la pluie et le beau temps dans le cinéma » lance-t-elle. « Il faut se méfier des petites filles : elles touchent le fond de la piscine, elles se cognent, elles se blessent mais elles rebondissent. Les petites filles sont des punks qui reviennent déguisés en hamsters et pour rêver à une possible révolution ».

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Déception pour « Le règne animal »

Dernièrement primé aux BAFTA en Angleterre, aux Goya en Espagne, aux Golden Globes aux États-Unis et dans nombreuses autres compétitions, « Anatomie d’une chute » peut partir le cœur léger à Hollywood, où il se présentera dans une quinzaine de jours aux Oscars dans cinq catégories. Moins d’un an après sa palme d’or cannoise, le film de Justine Triet a triomphé vendredi soir. Six trophées, dont les plus prestigieux (meilleur film, réalisation, scénario, montage, actrice…). Un sacre qui prive d’une large reconnaissance des films importants comme « Je n’oublierai jamais vos visages » de Jeanne Herry, et qui déjoue aussi les pronostics : donné grand favori avec 12 nominations, « Le Règne animal » du Girondin Thomas Cailley rafle cinq trophées mais aucun dans les catégories majeures.

Dommage pour cette fable humaniste, dont le succès populaire (1,11 million d’entrées à ce jour) ne se dément pas. Dommage aussi pour l’éternel bredouille Pio Marmaï, en lice avec l’excellent « Yannick » de Quentin Dupieux dans lequel il donne la réplique à Raphaël Quenard.

Raphaël Quenard était en lice dans trois catégories, dont meilleur court-métrage documentaire, meilleur acteur pour “Yannick”. Il a reçu le César de la révélation masculine pour  “Chien de la casse” de Jean-Baptiste Durand, également César du meilleur premier film.
Raphaël Quenard était en lice dans trois catégories, dont meilleur court-métrage documentaire, meilleur acteur pour “Yannick”. Il a reçu le César de la révélation masculine pour “Chien de la casse” de Jean-Baptiste Durand, également César du meilleur premier film.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Logiquement, ce dernier a été sacré Révélation masculine pour le formidable « Chien de la casse » de Jean-Baptiste Durand (également César du meilleur premier film). Avant de rendre hommage, dans son discours, « aux agriculteurs qui travaillent d’arrache-pied pour nous offrir le luxe de remplir nos estomacs avec de bons fruits, de bons légumes, de bonnes céréales », Quenard, 32 ans et un bagout pas possible, a rappelé que « nos vies sont jalonnées de souffrance et de chagrin. Mais la plus terrible d’entre elles, c’est de nous voir, tous les jours, nous acharner à étouffer le petit enfant qui est en nous. Alors merci aux cinéastes qui nous donnent le champ libre pour gesticuler dans leur univers. Ave César ! »

Le Palmarès complet

Film : « Anatomie d’une chute » de Justine Triet.
Réalisation : Justine Triet (« Anatomie d’une chute »).
Acteur : Arieh Worthalter (« Le Procès Goldman »)
Actrice : Sandra Hüller (« Anatomie d’une chute »).
Acteur dans un second rôle : Swann Arlaud (« Anatomie d’une chute »).
Actrice dans un second rôle : Adèle Exarchopoulos (pour « Je verrai toujours vos visages »).
Révélation féminine : Ella Rumpf (« Le Théorème de Marguerite »).
Révélation masculine : Raphaël Quenard (« Chien de la casse »).
Premier film : « Chien de la casse » de Jean-Baptiste Durand.
Film étranger : « Simple comme Sylvain » réalisé par Monia Chokri.
Film d’animation : « Linda veut du poulet » de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach.
Documentaire : « Les Filles d’Olfa » de Kaouther Ben Hania.
Scénario original : Justine Triet et Arthur Harari (« Anatomie d’une chute »).
Adaptation : Valérie Donzelli et Audrey Diwan (« L’Amour et les Forêts », d’après Eric Reinhardt).
Musique originale : Andrea Laszlo De Simone (« Le Règne animal »).
Son : Fabrice Osinski, Raphaël Sohier, Matthieu Fichet et Niels Barletta (« Le Règne animal »).
Photographie : David Cailley (« Le Règne animal »).
Montage : Laurent Sénéchal (pour « Anatomie d’une chute »).
Costumes : Ariane Daurat (pour « Le Règne animal »).
Décors : Stéphane Taillasson (pour « Les Trois Mousquetaires »).
Effets visuels : Cyrille Bonjean, Bruno Sommier et Jean-Louis Autret (pour « Le Règne animal »).
Court-métrage d’animation : « Été 96 » de Mathilde Bédouet.
Court-métrage documentaire : « La Mécanique des fluides » de Gala Hernández López.
Court-métrage de fiction : « L’Attente » d’Alice Douard.
César d’honneur : Agnès Jaoui et Christopher Nolan.

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Déjà minuit sonné quand Justine Triet monte sur la scène de l’Olympia, pour recevoir le César de meilleur film décerné à « Anatomie d’une chute ». « Je dédie ce trophée aux actrices et aux réalisatrices dans cette salle. Et à toutes les femmes. Celles qui existent trop ou pas assez. Celles qui réussissent et celles qui ratent, celles que l’on a blessées et qui se libèrent en parlant. Et celles qui n’y arrivent pas ».

Plus que jamais, les César ont cette année mis en avant la place des femmes dans l’industrie du cinéma français. D’abord à travers les nominations, inédites : par exemple dans la catégorie « meilleure actrice », tous les films étaient réalisés par des femmes. Par son palmarès aussi : pour la seconde fois seulement en 49 ans, le trophée de la meilleure réalisation a été décerné à une femme (Justine Triet, encore...

Déjà minuit sonné quand Justine Triet monte sur la scène de l’Olympia, pour recevoir le César de meilleur film décerné à « Anatomie d’une chute ». « Je dédie ce trophée aux actrices et aux réalisatrices dans cette salle. Et à toutes les femmes. Celles qui existent trop ou pas assez. Celles qui réussissent et celles qui ratent, celles que l’on a blessées et qui se libèrent en parlant. Et celles qui n’y arrivent pas ».

Plus que jamais, les César ont cette année mis en avant la place des femmes dans l’industrie du cinéma français. D’abord à travers les nominations, inédites : par exemple dans la catégorie « meilleure actrice », tous les films étaient réalisés par des femmes. Par son palmarès aussi : pour la seconde fois seulement en 49 ans, le trophée de la meilleure réalisation a été décerné à une femme (Justine Triet, encore). Et ce n’est pas tout : Mona Chokri pour le film étranger, Chiara Malta pour celui d’animation, Kaouther Ben Hania pour le documentaire, Valérie Donzelli et Audrey Diwan pour le scénario, Mathilde Bédouet pour le court-métrage d’animation, Gala Hernández López pour le court-métrage documentaire ou Alice Douard pour celui de fiction… Plus de la moitié des récompenses (16 sur 26) ont récompensé des professionnelles du 7e art.

Justine Triet, seconde femme de l’histoire des César à recevoir le prix de la meilleure réalisation, 24 ans après Tonie Marshall.
Justine Triet, seconde femme de l’histoire des César à recevoir le prix de la meilleure réalisation, 24 ans après Tonie Marshall.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

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« À l’aube d’un jour nouveau »

Après les accusations de viol envers Benoît Jacquot et Jacques Doillon (qui, tous deux, les nient), les César avaient décidé de donner la parole à Judith Godrèche. Accueillie sur scène par Ariane Ascaride, l’actrice, figure de proue du mouvement #MeToo quatre ans après la spectaculaire sortie d’Adèle Haenel, semble émue lorsque vers 21 h 30, elle se présente « face à une foule, les yeux dans les yeux ». Pour poser cette question : « pourquoi accepter que cet art que nous aimons tant, cet art qui nous lie, soit utilisé comme une couverture pour un trafic illicite de jeunes filles ? ».

Judith Godrèche, applaudie debout, a été accueillie sur la scène par Ariane Ascaride.
Judith Godrèche, applaudie debout, a été accueillie sur la scène par Ariane Ascaride.

STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

Appelant à rompre le silence, l’actrice avoue n’avoir pas prémédité de devoir jouer le rôle de « revenante des Amériques qui vient donner des coups de pied dans une porte blindée. […] Nous sommes à l’aube d’un jour nouveau. Nous pouvons décider que des hommes accusés de viol ne peuvent plus faire la pluie et le beau temps dans le cinéma » lance-t-elle. « Il faut se méfier des petites filles : elles touchent le fond de la piscine, elles se cognent, elles se blessent mais elles rebondissent. Les petites filles sont des punks qui reviennent déguisés en hamsters et pour rêver à une possible révolution ».

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Déception pour « Le règne animal »

Dernièrement primé aux BAFTA en Angleterre, aux Goya en Espagne, aux Golden Globes aux États-Unis et dans nombreuses autres compétitions, « Anatomie d’une chute » peut partir le cœur léger à Hollywood, où il se présentera dans une quinzaine de jours aux Oscars dans cinq catégories. Moins d’un an après sa palme d’or cannoise, le film de Justine Triet a triomphé vendredi soir. Six trophées, dont les plus prestigieux (meilleur film, réalisation, scénario, montage, actrice…). Un sacre qui prive d’une large reconnaissance des films importants comme « Je n’oublierai jamais vos visages » de Jeanne Herry, et qui déjoue aussi les pronostics : donné grand favori avec 12 nominations, « Le Règne animal » du Girondin Thomas Cailley rafle cinq trophées mais aucun dans les catégories majeures.

Dommage pour cette fable humaniste, dont le succès populaire (1,11 million d’entrées à ce jour) ne se dément pas. Dommage aussi pour l’éternel bredouille Pio Marmaï, en lice avec l’excellent « Yannick » de Quentin Dupieux dans lequel il donne la réplique à Raphaël Quenard.

Raphaël Quenard était en lice dans trois catégories, dont meilleur court-métrage documentaire, meilleur acteur pour “Yannick”. Il a reçu le César de la révélation masculine pour  “Chien de la casse” de Jean-Baptiste Durand, également César du meilleur premier film.
Raphaël Quenard était en lice dans trois catégories, dont meilleur court-métrage documentaire, meilleur acteur pour “Yannick”. Il a reçu le César de la révélation masculine pour “Chien de la casse” de Jean-Baptiste Durand, également César du meilleur premier film.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Logiquement, ce dernier a été sacré Révélation masculine pour le formidable « Chien de la casse » de Jean-Baptiste Durand (également César du meilleur premier film). Avant de rendre hommage, dans son discours, « aux agriculteurs qui travaillent d’arrache-pied pour nous offrir le luxe de remplir nos estomacs avec de bons fruits, de bons légumes, de bonnes céréales », Quenard, 32 ans et un bagout pas possible, a rappelé que « nos vies sont jalonnées de souffrance et de chagrin. Mais la plus terrible d’entre elles, c’est de nous voir, tous les jours, nous acharner à étouffer le petit enfant qui est en nous. Alors merci aux cinéastes qui nous donnent le champ libre pour gesticuler dans leur univers. Ave César ! »

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Film : « Anatomie d’une chute » de Justine Triet.
Réalisation : Justine Triet (« Anatomie d’une chute »).
Acteur : Arieh Worthalter (« Le Procès Goldman »)
Actrice : Sandra Hüller (« Anatomie d’une chute »).
Acteur dans un second rôle : Swann Arlaud (« Anatomie d’une chute »).
Actrice dans un second rôle : Adèle Exarchopoulos (pour « Je verrai toujours vos visages »).
Révélation féminine : Ella Rumpf (« Le Théorème de Marguerite »).
Révélation masculine : Raphaël Quenard (« Chien de la casse »).
Premier film : « Chien de la casse » de Jean-Baptiste Durand.
Film étranger : « Simple comme Sylvain » réalisé par Monia Chokri.
Film d’animation : « Linda veut du poulet » de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach.
Documentaire : « Les Filles d’Olfa » de Kaouther Ben Hania.
Scénario original : Justine Triet et Arthur Harari (« Anatomie d’une chute »).
Adaptation : Valérie Donzelli et Audrey Diwan (« L’Amour et les Forêts », d’après Eric Reinhardt).
Musique originale : Andrea Laszlo De Simone (« Le Règne animal »).
Son : Fabrice Osinski, Raphaël Sohier, Matthieu Fichet et Niels Barletta (« Le Règne animal »).
Photographie : David Cailley (« Le Règne animal »).
Montage : Laurent Sénéchal (pour « Anatomie d’une chute »).
Costumes : Ariane Daurat (pour « Le Règne animal »).
Décors : Stéphane Taillasson (pour « Les Trois Mousquetaires »).
Effets visuels : Cyrille Bonjean, Bruno Sommier et Jean-Louis Autret (pour « Le Règne animal »).
Court-métrage d’animation : « Été 96 » de Mathilde Bédouet.
Court-métrage documentaire : « La Mécanique des fluides » de Gala Hernández López.
Court-métrage de fiction : « L’Attente » d’Alice Douard.
César d’honneur : Agnès Jaoui et Christopher Nolan.

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