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Isabelle Morini-Bosc : "Christine Angot mérite un peu d'indulgence"

"Personne ne l'apprécie sauf le public". J'aime cette phrase de Sacha Guitry concernant une comédienne populaire snobée par les critiques, mais adorée par le grand public. Or, ce qui vaut pour la comédie vaut également pour la télévision, un secteur où les médias ignorent globalement l'avis des téléspectateurs, généralement plus forts sur l'analyse des chiffres que sur la critique de programmes familiaux bon enfant qu'ils se dispensent de regarder. 

Disons-le donc clairement, nous sommes trop souvent approximatifs. Comme si nous parlions davantage pour notre coterie que pour le public. C'est, pardon, le principe des chiens qui se flairent pour mieux se connaitre et se reconnaître. Conséquence : nous essayons assez peu de faire preuve de clarté. 

Cela m'a particulièrement frappée avec ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Angot-Rousseau. Autrement dit, l'altercation entre l'écrivain Christine Angot et l'ancienne porte-parole d'EELV Sandrine Rousseau. Notre façon de présenter les choses ne rimait à rien. J'en ai eu la preuve en discutant ce weekend avec des téléspectateurs qui m'ont évidemment interpellée sur On n'est pas couché : certains avaient vu la séquence, d'autres pas, mais tous étaient d'accord sur un point. Plus on leur expliquait ce qu'il fallait comprendre, moins ils comprenaient, et à juste titre. 

Une incompréhension des téléspectateurs

Que retenaient-ils ainsi de l'émission ? Que deux femmes ayant subi des agressions sexuelles s'étaient violemment disputées sur un plateau, la plus méchante des deux ayant fait pleurer l'autre en l'agressant verbalement. "Mais, m'ont-ils dit, comment deux victimes, des sœurs en souffrance, peuvent-elles en venir aux mains ?". C'est une question essentielle que nous, les journalistes, avons selon eux très mal expliquée. 

Il est donc temps de préciser les faits. Car moi aussi, en voyant les images d'une Christine Angot frénétique, j'ai d'abord cédé à la tentation de condamner sans appel la nouvelle chroniqueuse d'On n'est pas couché. Comme je l'ai déjà écrit, elle est à la nuance ce que Les Anges de la télé-réalité sont à la grammaire : cela ne va pas ensemble. Elle rend tout attendrissement impossible, contrairement à l'émouvante Sandrine Rousseau. 

Invitée vendredi 29 septembre de l'interview politique de notre camarade Elisabeth Martichoux, elle était arrivée encore traumatisée par le tournage de la veille, ne pouvant s'empêcher de s'épancher, et nous de la plaindre. Mais pour éviter qu'une vérité partielle devienne partiale, obstinons nous à remettre de l'ordre dans tout ce désordre. 

Les femmes doivent parler pour être aidées

Sandrine Rousseau
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Sandrine Rousseau, invitée d'On n'est pas couché, vient donc évoquer Parler, le livre dans lequel elle évoque l'agression sexuelle d'un politicien ayant, selon ses propos, abusé vis-à-vis d'elle de sa position dominante. "Les femmes, dit-elle, doivent parler pour être aidées." Réaction violente (pléonasme) de Christine Angot qui, comme une voiture à friction remontée à bloc, s'emporte et dérape. Que dit-elle ? Elle semble interdire à sa consœur en douleur de parler, lui imposant sa façon de voir, de percevoir. De sentir et de ressentir. 

De quel droit ? Conséquence logique, le public la hue sans avoir tout perçu ! Étant dans le même état d'esprit, et supportant mal de ne pas comprendre, j'écoute et ré-écoute ce passage. Avec finalement un jugement plus nuancé. Si Sandrine Rousseau m'inspire évidemment toujours de la compassion, Christine Angot me semble mériter un petit peu d'indulgence

Une réaction recevable mais un ton irrecevable

Si on prend en effet le temps d'écouter son propos tombant justement si mal à-propos, on "entend" une vraie souffrance venue d'un temps où elle était une petite victime silencieuse qui "fait avec". Qui se débrouille. Qui survit. Pour elle, donner un mode d'emploi global post-agression est absurde. Soit une réaction recevable, simplement "vomie" sur un ton lui, irrecevable ! Et même si je ne passerais pas plus mes vacances avec Christine Angot qu'elle ne passerait les siennes avec moi, je m'abstiendrai de hurler avec les loups, de tout mélanger, de simplifier à outrance des situations compliquées à vivre à chaud. 

Aurais-je, comme l'a fait l'équipe, supprimé la séquence où Christine Angot quitte le plateau sous les huées ? Aurais-je moi aussi coupé court à tout en coupant aussi plusieurs minutes d'images ? À bien y réfléchir, je pense que oui. Est-ce la chaîne qui a ensuite "fuité" pour faire de l'audience ? La production ? Franchement, je me fiche de ce surréaliste pseudo-débat à haut-débit. 

Qui peut aujourd'hui ignorer que les équipes techniques, les invités, le public, vont tous d'un plateau à l'autre, et que toute notion de secret est désormais révolue ? Surtout quand c'est enregistré le jeudi pour une diffusion le samedi. Va-t-on reparler de l'affaire ? Évidemment oui. Et j'avoue redouter le lynchage psychologique. C'est dire si on n'est pas couché ! 

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Disons-le donc clairement, nous sommes trop souvent approximatifs. Comme si nous parlions davantage pour notre coterie que pour le public. C'est, pardon, le principe des chiens qui se flairent pour mieux se connaitre et se reconnaître. Conséquence : nous essayons assez peu de faire preuve de clarté. 

Cela m'a particulièrement frappée avec ce qu'il est convenu d'appeler l'affaire Angot-Rousseau. Autrement dit, l'altercation entre l'écrivain Christine Angot et l'ancienne porte-parole d'EELV Sandrine Rousseau. Notre façon de présenter les choses ne rimait à rien. J'en ai eu la preuve en discutant ce weekend avec des téléspectateurs qui m'ont évidemment interpellée sur On n'est pas couché : certains avaient vu la séquence, d'autres pas, mais tous étaient d'accord sur un point. Plus on leur expliquait ce qu'il fallait comprendre, moins ils comprenaient, et à juste titre. 

Une incompréhension des téléspectateurs

Que retenaient-ils ainsi de l'émission ? Que deux femmes ayant subi des agressions sexuelles s'étaient violemment disputées sur un plateau, la plus méchante des deux ayant fait pleurer l'autre en l'agressant verbalement. "Mais, m'ont-ils dit, comment deux victimes, des sœurs en souffrance, peuvent-elles en venir aux mains ?". C'est une question essentielle que nous, les journalistes, avons selon eux très mal expliquée. 

Il est donc temps de préciser les faits. Car moi aussi, en voyant les images d'une Christine Angot frénétique, j'ai d'abord cédé à la tentation de condamner sans appel la nouvelle chroniqueuse d'On n'est pas couché. Comme je l'ai déjà écrit, elle est à la nuance ce que Les Anges de la télé-réalité sont à la grammaire : cela ne va pas ensemble. Elle rend tout attendrissement impossible, contrairement à l'émouvante Sandrine Rousseau. 

Invitée vendredi 29 septembre de l'interview politique de notre camarade Elisabeth Martichoux, elle était arrivée encore traumatisée par le tournage de la veille, ne pouvant s'empêcher de s'épancher, et nous de la plaindre. Mais pour éviter qu'une vérité partielle devienne partiale, obstinons nous à remettre de l'ordre dans tout ce désordre. 

Les femmes doivent parler pour être aidées

Sandrine Rousseau
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Sandrine Rousseau, invitée d'On n'est pas couché, vient donc évoquer Parler, le livre dans lequel elle évoque l'agression sexuelle d'un politicien ayant, selon ses propos, abusé vis-à-vis d'elle de sa position dominante. "Les femmes, dit-elle, doivent parler pour être aidées." Réaction violente (pléonasme) de Christine Angot qui, comme une voiture à friction remontée à bloc, s'emporte et dérape. Que dit-elle ? Elle semble interdire à sa consœur en douleur de parler, lui imposant sa façon de voir, de percevoir. De sentir et de ressentir. 

De quel droit ? Conséquence logique, le public la hue sans avoir tout perçu ! Étant dans le même état d'esprit, et supportant mal de ne pas comprendre, j'écoute et ré-écoute ce passage. Avec finalement un jugement plus nuancé. Si Sandrine Rousseau m'inspire évidemment toujours de la compassion, Christine Angot me semble mériter un petit peu d'indulgence

Une réaction recevable mais un ton irrecevable

Si on prend en effet le temps d'écouter son propos tombant justement si mal à-propos, on "entend" une vraie souffrance venue d'un temps où elle était une petite victime silencieuse qui "fait avec". Qui se débrouille. Qui survit. Pour elle, donner un mode d'emploi global post-agression est absurde. Soit une réaction recevable, simplement "vomie" sur un ton lui, irrecevable ! Et même si je ne passerais pas plus mes vacances avec Christine Angot qu'elle ne passerait les siennes avec moi, je m'abstiendrai de hurler avec les loups, de tout mélanger, de simplifier à outrance des situations compliquées à vivre à chaud. 

Aurais-je, comme l'a fait l'équipe, supprimé la séquence où Christine Angot quitte le plateau sous les huées ? Aurais-je moi aussi coupé court à tout en coupant aussi plusieurs minutes d'images ? À bien y réfléchir, je pense que oui. Est-ce la chaîne qui a ensuite "fuité" pour faire de l'audience ? La production ? Franchement, je me fiche de ce surréaliste pseudo-débat à haut-débit. 

Qui peut aujourd'hui ignorer que les équipes techniques, les invités, le public, vont tous d'un plateau à l'autre, et que toute notion de secret est désormais révolue ? Surtout quand c'est enregistré le jeudi pour une diffusion le samedi. Va-t-on reparler de l'affaire ? Évidemment oui. Et j'avoue redouter le lynchage psychologique. C'est dire si on n'est pas couché ! 

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