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Michael C. Hall : “Dans 'Safe', je joue un type banal, pour une fois…”

Michael C. Hall , Safe.

Michael C. Hall , Safe.

Photo : Ben Blackall 2017

L’acteur américain, célèbre pour ses rôles dans “Six Feet under” et “Dexter”, s’essaie au thriller grand public dans “Safe”, la nouvelle série de Harlan Coben, ce mardi 15 mai sur C8. Rencontre avec Michael C. Hall.

Bouleversant dans Six Feet under, inquiétant dans Dexter, troublant dans le film indépendant Cold in july (2014), l’acteur américain Michael C. Hall s’est récemment installé outre-Manche. Après avoir tenu le premier rôle de Lazarus, la comédie musicale de David Bowie, à Londres en 2016, il a enfilé le costume de JFK dans la saison 2 de la plus british des séries de Netflix, The Crown. Le voici anglais pour de bon dans Safe, coproduction entre la toute-puissante plateforme de SVOD et Canal+, qui débute sur C8 ce mardi 15 mai 2018.

Un thriller imaginé par Harlan Coben et qui, comme la plupart de ses créations, s’orchestre autour d’une disparition. Michael C. Hall y incarne Tom Delaney, chirurgien pédiatre, propriétaire d’une maison dans une résidence fermée, qui voit Jenny, une de ses filles adolescentes, se volatiliser sans (presque) laisser de traces. Un divertissement solidement produit mais sans grande originalité, qu’il est venu présenter lors du premier festival CanneSéries, le mois dernier (1).

Après The Crown, vous voici de nouveau dans une série britannique. Prenez-vous goût au mode de vie anglais ?

A l’époque où j’ai reçu le script, je me produisais sur scène à Londres. Je m’y sentais bien et j’étais curieux de voir si je pourrais trouver d’autres rôles de ce côté-ci de l’Atlantique. Il y avait dans les prémices du scénario de Harlan Coben de quoi s’amuser – des rebondissements, du rythme, de l’action – et un personnage, Tom, qui ne ressemble à aucun de mes rôles précédents. Pour une fois, je joue un type banal qui vit quelque chose de dingue. Et non un type dingue, tout court [rires].

Vous êtes-vous lassé de la télévision américaine ?

Non, je me sentais juste bien en Grande-Bretagne et j’avais envie de changer non seulement de décor, mais aussi de registre. Je voulais me mettre en danger. Je n’avais pas de plan tout prêt, et l’idée de rester loin des Etats-Unis pendant la première année du mandat de Trump ne me déplaisait pas.

“Le cadre légal des tournages en Angleterre est bien plus… civilisé qu’aux Etats-Unis”

Ça change la donne de travailler loin d’Hollywood ?

Franchement, jouer c’est jouer, peu importe le pays. Mais ça a été une expérience revigorante. Le cadre légal des tournages en Angleterre est bien plus… civilisé qu’aux Etats-Unis. Quand on vous dit que votre journée se termine à 20 heures, on ne vous coince pas sur le plateau jusqu’à 2 heures du matin. Outre-Atlantique, vous filmez jusqu’à la mise en boîte de votre scène. Et tant pis si ça doit prendre seize heures ! En Grande-Bretagne, c’est onze heures par jour, dix si vous ne prenez pas de pause déjeuner. Pas plus. J’ai l’impression d’avoir pu continuer de vivre pendant le tournage de Safe

Faut-il voir dans ce titre, et le cadre de la série, une critique des lotissements fermés ?

Je n’y vois pas une critique de ce genre d’endroit ou de ceux qui y vivent. Mais plutôt une réflexion sur les mécanismes d’une société dominée par la peur. Nous sommes pris dans un cercle vicieux où l’on nous pousse à craindre et à nous protéger contre diverses menaces… justement créées par nos réflexes de défense ! Safe n’est pas une série engagée, mais elle repose sur cette culture de la peur.

Comme beaucoup (trop) de séries en ce moment, il est question d’une disparition d’enfant…

Tout cela est lié. Pourquoi multiplie-t-on les histoires de disparitions d’enfants ? Parce que c’est la pire de nos peurs. La fiction joue à fond son rôle cathartique. La disparition de Jenny n’est pas un prétexte pour multiplier les rebondissements, elle lui donne un sens émotionnel. Cette série est au croisement du thriller et du drame familial.

“Maintenant que j’ai travaillé avec Harlan Coben, je comprends mieux pourquoi ses livres se vendent comme des petits pains”

Etiez-vous familier des romans d’Harlan Coben ?

Pas du tout. Je ne le connaissais que de nom. Ma mère, en revanche, avait parcouru quelques-uns de ses romans, et quand elle a appris que j’allais tourner dans sa nouvelle série, elle a acheté toute sa production ! Maintenant que j’ai travaillé avec lui, je comprends mieux pourquoi ses livres se vendent comme des petits pains. Il est capable d’imaginer des suspenses limpides, mais en multipliant les pistes narratives.

Aviez-vous envie d’aller vers quelque chose de plus grand public que Six Feet under ou Dexter ?

Je ne me préoccupe pas de savoir si les fictions dans lesquelles je tourne sont grand public ou conçues pour des experts. Jouer un Anglais, tourner loin de chez moi me semblait original. Et puis, à l’heure où les séries reposent sur des concepts de plus en plus tordus, il y a quelque chose de presque risqué à raconter une histoire plus classique.

“Je ne désespère pas de retourner vers le cinéma indépendant”

En dehors des séries, qu’envisagez-vous ?

J’ai besoin de temps pour jouer autre chose. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai accepté ce rôle, en sachant que c’est une minisérie et que je ne me retrouverai pas coincé plusieurs années. Je ne désespère pas de retourner vers le cinéma indépendant, comme à l’époque de Cold in july, mais ces dernières années je me concentre sur la scène.

Vos expériences théâtrales influencent-elles votre jeu face caméra ?

Moins sur la présence physique que sur mon approche du récit, très linéaire, quelle que soit l’organisation du tournage. Même si les scènes sont tournées dans le désordre, je garde en tête ma performance comme si je me produisais sur scène, dans une œuvre racontée d’une traite. Pour moi, une scène est un acte complet, pas une suite d’instants conçus pour être assemblés au montage.

A quoi ressemblera votre prochain rôle ?

J’ai toujours fonctionné à l’instinct, sans penser au coup d’après. En me laissant surprendre. Mes meilleurs rôles sont ceux que je ne me voyais pas incarner… Si je pouvais choisir, je me verrais bien dans un film de Michael Haneke. Je rêve de tourner avec lui.


(1) Interview réalisée lors d’une table ronde, en compagnie d’autres journalistes.

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Michael C. Hall , Safe.

Michael C. Hall , Safe.

Photo : Ben Blackall 2017

L’acteur américain, célèbre pour ses rôles dans “Six Feet under” et “Dexter”, s’essaie au thriller grand public dans “Safe”, la nouvelle série de Harlan Coben, ce mardi 15 mai sur C8. Rencontre avec Michael C. Hall.

Bouleversant dans Six Feet under, inquiétant dans Dexter, troublant dans le film indépendant Cold in july (2014), l’acteur américain Michael C. Hall s’est récemment installé outre-Manche. Après avoir tenu le premier rôle de Lazarus, la comédie musicale de David Bowie, à Londres en 2016, il a enfilé le costume de JFK dans la saison 2 de la plus british des séries de Netflix, The Crown. Le voici anglais pour de bon dans Safe, coproduction entre la toute-puissante plateforme de SVOD et Canal+, qui débute sur C8 ce mardi 15 mai 2018.

Un thriller imaginé par Harlan Coben et qui, comme la plupart de ses créations, s’orchestre autour d’une disparition. Michael C. Hall y incarne Tom Delaney, chirurgien pédiatre, propriétaire d’une maison dans une résidence fermée, qui voit Jenny, une de ses filles adolescentes, se volatiliser sans (presque) laisser de traces. Un divertissement solidement produit mais sans grande originalité, qu’il est venu présenter lors du premier festival CanneSéries, le mois dernier (1).

Après The Crown, vous voici de nouveau dans une série britannique. Prenez-vous goût au mode de vie anglais ?

A l’époque où j’ai reçu le script, je me produisais sur scène à Londres. Je m’y sentais bien et j’étais curieux de voir si je pourrais trouver d’autres rôles de ce côté-ci de l’Atlantique. Il y avait dans les prémices du scénario de Harlan Coben de quoi s’amuser – des rebondissements, du rythme, de l’action – et un personnage, Tom, qui ne ressemble à aucun de mes rôles précédents. Pour une fois, je joue un type banal qui vit quelque chose de dingue. Et non un type dingue, tout court [rires].

Vous êtes-vous lassé de la télévision américaine ?

Non, je me sentais juste bien en Grande-Bretagne et j’avais envie de changer non seulement de décor, mais aussi de registre. Je voulais me mettre en danger. Je n’avais pas de plan tout prêt, et l’idée de rester loin des Etats-Unis pendant la première année du mandat de Trump ne me déplaisait pas.

“Le cadre légal des tournages en Angleterre est bien plus… civilisé qu’aux Etats-Unis”

Ça change la donne de travailler loin d’Hollywood ?

Franchement, jouer c’est jouer, peu importe le pays. Mais ça a été une expérience revigorante. Le cadre légal des tournages en Angleterre est bien plus… civilisé qu’aux Etats-Unis. Quand on vous dit que votre journée se termine à 20 heures, on ne vous coince pas sur le plateau jusqu’à 2 heures du matin. Outre-Atlantique, vous filmez jusqu’à la mise en boîte de votre scène. Et tant pis si ça doit prendre seize heures ! En Grande-Bretagne, c’est onze heures par jour, dix si vous ne prenez pas de pause déjeuner. Pas plus. J’ai l’impression d’avoir pu continuer de vivre pendant le tournage de Safe

Faut-il voir dans ce titre, et le cadre de la série, une critique des lotissements fermés ?

Je n’y vois pas une critique de ce genre d’endroit ou de ceux qui y vivent. Mais plutôt une réflexion sur les mécanismes d’une société dominée par la peur. Nous sommes pris dans un cercle vicieux où l’on nous pousse à craindre et à nous protéger contre diverses menaces… justement créées par nos réflexes de défense ! Safe n’est pas une série engagée, mais elle repose sur cette culture de la peur.

Comme beaucoup (trop) de séries en ce moment, il est question d’une disparition d’enfant…

Tout cela est lié. Pourquoi multiplie-t-on les histoires de disparitions d’enfants ? Parce que c’est la pire de nos peurs. La fiction joue à fond son rôle cathartique. La disparition de Jenny n’est pas un prétexte pour multiplier les rebondissements, elle lui donne un sens émotionnel. Cette série est au croisement du thriller et du drame familial.

“Maintenant que j’ai travaillé avec Harlan Coben, je comprends mieux pourquoi ses livres se vendent comme des petits pains”

Etiez-vous familier des romans d’Harlan Coben ?

Pas du tout. Je ne le connaissais que de nom. Ma mère, en revanche, avait parcouru quelques-uns de ses romans, et quand elle a appris que j’allais tourner dans sa nouvelle série, elle a acheté toute sa production ! Maintenant que j’ai travaillé avec lui, je comprends mieux pourquoi ses livres se vendent comme des petits pains. Il est capable d’imaginer des suspenses limpides, mais en multipliant les pistes narratives.

Aviez-vous envie d’aller vers quelque chose de plus grand public que Six Feet under ou Dexter ?

Je ne me préoccupe pas de savoir si les fictions dans lesquelles je tourne sont grand public ou conçues pour des experts. Jouer un Anglais, tourner loin de chez moi me semblait original. Et puis, à l’heure où les séries reposent sur des concepts de plus en plus tordus, il y a quelque chose de presque risqué à raconter une histoire plus classique.

“Je ne désespère pas de retourner vers le cinéma indépendant”

En dehors des séries, qu’envisagez-vous ?

J’ai besoin de temps pour jouer autre chose. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai accepté ce rôle, en sachant que c’est une minisérie et que je ne me retrouverai pas coincé plusieurs années. Je ne désespère pas de retourner vers le cinéma indépendant, comme à l’époque de Cold in july, mais ces dernières années je me concentre sur la scène.

Vos expériences théâtrales influencent-elles votre jeu face caméra ?

Moins sur la présence physique que sur mon approche du récit, très linéaire, quelle que soit l’organisation du tournage. Même si les scènes sont tournées dans le désordre, je garde en tête ma performance comme si je me produisais sur scène, dans une œuvre racontée d’une traite. Pour moi, une scène est un acte complet, pas une suite d’instants conçus pour être assemblés au montage.

A quoi ressemblera votre prochain rôle ?

J’ai toujours fonctionné à l’instinct, sans penser au coup d’après. En me laissant surprendre. Mes meilleurs rôles sont ceux que je ne me voyais pas incarner… Si je pouvais choisir, je me verrais bien dans un film de Michael Haneke. Je rêve de tourner avec lui.


(1) Interview réalisée lors d’une table ronde, en compagnie d’autres journalistes.

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