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Woody Allen dans la tourmente de l'affaire Weinstein

Woody Allen, en novembre 2017, à New York.

On ne connaissait d’elle que les photos d’enfance où elle figure avec Woody Allen. La fille adoptive du cinéaste, Dylan Farrow, est apparue pour la première fois à la télévision dans une interview, diffusée le 18 janvier, pour renouveler</a> les accusations d’agression sexuelle portées contre son père depuis 1992. « Je veux montrer</a> mon visage et raconter</a> mon histoire</a> », a-t-elle dit à la chaîne CBS.

Agée de 32 ans, la jeune femme n’a pas nié qu’elle avait choisi son moment pour reparler</a> de l’affaire. Dans la foulée de l’affaire Weinstein et des mouvements #metoo et Time’s Up, les victimes d’abus ou de harcèlement se sentent enfin écoutées. « Cela fait vingt ans que je répète les mêmes accusations et j’ai été systématiquement réduite au silence, ignorée ou discréditée, a-t-elle expliqué. Cela a été très important pour moi de voir</a> que cette conversation se tenait enfin en public. »

Dylan Farrow, adoptée par Woody Allen et l’actrice Mia Farrow, avait 7 ans lorsque le metteur en scène, accuse-t-elle, l’a fait venir</a> dans le grenier de leur maison de campagne du Connecticut. « Il m’a dit de m’allonger sur le ventre et de jouer</a> avec le train électrique de mon frère qui était installé là. » Après quoi, il s’est assis derrière elle. « Et il m’a agressée sexuellement. » Les baby-sitters avaient reçu de Mia Farrow la consigne de ne pas laisser</a> la fillette seule avec le réalisateur.

« Il y a un quart de siècle »

Ces accusations contre Woody Allen avaient été portées dès 1992-1993, notamment devant la justice</a>, qui n’avait pas poursuivi le cinéaste – tout en spécifiant qu’il y aurait une « cause probable » de le faire</a> – et qui ne lui avait pas non plus confié la garde de l’enfant. A l’époque, Woody Allen et Mia Farrow étaient en procédure de divorce après treize films et douze ans de vie commune.

L’héroïne de Rosemary’s Baby venait de découvrir</a> que le cinéaste avait une liaison depuis 1989 avec une autre de ses filles adoptives, Soon-Yi Previn, alors âgées de 19 ans. Ronan, 5 ans, le fils biologique du couple, avait pris le parti de sa mère. Moses, l’un de leurs fils adoptifs, le parti de son père, accusant Mia Farrow d’avoir « lavé le cerveau</a> » des enfants par haine de son ex-compagnon. « En quoi cette histoire de lavage de cerveau est-elle plus crédible que ce que je dis sur l’agression commise par mon père ? », interroge Dylan aujourd’hui.

La jeune femme était revenue à la charge dans une lettre publiée, en 2014, par le chroniqueur du New York Times Nicholas Kristof. Pour mettre</a> des mots sur le terme « agression », il lui a fallu des années. « A 7 ans, je disais : il a touché mes parties intimes, précise-t-elle dans l’interview à CBS. A 32 ans, ce que je dis, c’est : “Il a touché ma vulve et mes lèvres avec son doigt.” » La jeune femme cite d’autres exemples. Le réalisateur lui aurait souvent demandé de venir dans son lit « alors qu’il était en sous-vêtements » et elle aussi.

Woody Allen, 82 ans, a une nouvelle fois réfuté les accusations de sa fille. « La famille</a> Farrow a beau utiliser</a> cyniquement l’occasion offerte par le mouvement Time’s Up de répéter</a> cette accusation discréditée, cela ne la rend pas plus vraie que précédemment, a-t-il affirmé dans un communiqué publié par son avocat. Je n’ai jamais attenté à la pudeur de ma fille, et c’est ce qu’ont conclu toutes les enquêtes</a>, il y a un quart de siècle. »

Jessica Chastain, Natalie Portman et Reese Witherspoon ont apporté leur soutien à la fille adoptive du cinéaste

Mais le temps où les accusations glissaient est révolu. L’introspection a saisi Hollywood. Hier, le milieu cinématographique n’avait aucune peine à « fermer les yeux » (l’expression de Dylan), alors que le réalisateur se présentait aux festivals avec Soon-Yi – épousée en 1997. Ni aucun mal à ignorer</a> la rancune du clan Farrow contre les hommages rendus à l’artiste.

Dylan ne cache pas qu’il s’agit d’une véritable campagne. « Pourquoi ne devrais-je pas vouloir</a> le faire tomber ? », interroge-t-elle sur CBS. En 2014, son texte était paru dans le New York Times juste avant la cérémonie des Golden Globes. Elle avait aussi très publiquement interpellé Diane Keaton, l’ex-égérie de Woody Allen, mais l’actrice avait défendu celui qui restait son « ami ».

Lire aussi le portrait :   Qui est Ronan Farrow, le « tombeur » d’Harvey Weinstein ?

Il aura fallu l’affaire Weinstein et la persistance de son frère Ronan, le « tombeur » du fondateur de Miramax, à faire entendre</a> les victimes. Car c’est le fils de Woody Allen, grand pourfendeur de l’hypocrisie hollywoodienne, qui a publié dans le New Yorker du 10 octobre 2017 l’enquête</a> qui a fait le plus de tort à Harvey Weinstein : elle démontait le système d’intimidation déployé pour faire taire</a> les victimes de ses ardeurs.

Alec Baldwin soutient le cinéaste

Début décembre, Dylan Farrow publiait un nouvel appel dans le Los Angeles Times : « Pourquoi la révolution #metoo a-t-elle épargné Woody Allen ? ». Effet Weinstein : le milieu a commencé à prendre</a> ses distances. Les actrices Jessica Chastain, Natalie Portman et Reese Witherspoon lui ont apporté leur soutien. Ellen Page a déclaré qu’avoir tourné avec le réalisateur était son « plus grand regret ».

Colin Firth, qui a joué dans Magic in the Moonlight, en 2013, a fait savoir</a> qu’il ne travaillerait plus avec le cinéaste, de même que Mira Sorvino, Rachel Brosnahan et Greta Gerwig. « Si j’avais su ce que je sais maintenant, je n’aurais pas joué [sous sa direction] », a ­affirmé cette dernière. Rebecca Hall et Timothée Chalamet, qui jouent dans le prochain film ­d’Allen, A Rainy Day in New York, ont annoncé qu’ils donneraient leurs cachets au fonds de solidarité avec les victimes d’abus sexuels, créé par Time’s Up.

Après l’affaire Weinstein, Allen avait espéré, dans une interview à la BBC, que l’affaire ne déclencherait pas « une chasse aux sorcières ». Alec Baldwin, l’un des rares à le défendre</a> publiquement, partage cette inquiétude. « Accuser des personnes de tels crimes devrait être</a> traité avec soin, a-t-il observé. J’ai travaillé trois fois avec Woody Allen. Ç’a été l’un des plus grands privilèges de ma carrière. »

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Woody Allen, en novembre 2017, à New York.

On ne connaissait d’elle que les photos d’enfance où elle figure avec Woody Allen. La fille adoptive du cinéaste, Dylan Farrow, est apparue pour la première fois à la télévision dans une interview, diffusée le 18 janvier, pour renouveler</a> les accusations d’agression sexuelle portées contre son père depuis 1992. « Je veux montrer</a> mon visage et raconter</a> mon histoire</a> », a-t-elle dit à la chaîne CBS.

Agée de 32 ans, la jeune femme n’a pas nié qu’elle avait choisi son moment pour reparler</a> de l’affaire. Dans la foulée de l’affaire Weinstein et des mouvements #metoo et Time’s Up, les victimes d’abus ou de harcèlement se sentent enfin écoutées. « Cela fait vingt ans que je répète les mêmes accusations et j’ai été systématiquement réduite au silence, ignorée ou discréditée, a-t-elle expliqué. Cela a été très important pour moi de voir</a> que cette conversation se tenait enfin en public. »

Dylan Farrow, adoptée par Woody Allen et l’actrice Mia Farrow, avait 7 ans lorsque le metteur en scène, accuse-t-elle, l’a fait venir</a> dans le grenier de leur maison de campagne du Connecticut. « Il m’a dit de m’allonger sur le ventre et de jouer</a> avec le train électrique de mon frère qui était installé là. » Après quoi, il s’est assis derrière elle. « Et il m’a agressée sexuellement. » Les baby-sitters avaient reçu de Mia Farrow la consigne de ne pas laisser</a> la fillette seule avec le réalisateur.

« Il y a un quart de siècle »

Ces accusations contre Woody Allen avaient été portées dès 1992-1993, notamment devant la justice</a>, qui n’avait pas poursuivi le cinéaste – tout en spécifiant qu’il y aurait une « cause probable » de le faire</a> – et qui ne lui avait pas non plus confié la garde de l’enfant. A l’époque, Woody Allen et Mia Farrow étaient en procédure de divorce après treize films et douze ans de vie commune.

L’héroïne de Rosemary’s Baby venait de découvrir</a> que le cinéaste avait une liaison depuis 1989 avec une autre de ses filles adoptives, Soon-Yi Previn, alors âgées de 19 ans. Ronan, 5 ans, le fils biologique du couple, avait pris le parti de sa mère. Moses, l’un de leurs fils adoptifs, le parti de son père, accusant Mia Farrow d’avoir « lavé le cerveau</a> » des enfants par haine de son ex-compagnon. « En quoi cette histoire de lavage de cerveau est-elle plus crédible que ce que je dis sur l’agression commise par mon père ? », interroge Dylan aujourd’hui.

La jeune femme était revenue à la charge dans une lettre publiée, en 2014, par le chroniqueur du New York Times Nicholas Kristof. Pour mettre</a> des mots sur le terme « agression », il lui a fallu des années. « A 7 ans, je disais : il a touché mes parties intimes, précise-t-elle dans l’interview à CBS. A 32 ans, ce que je dis, c’est : “Il a touché ma vulve et mes lèvres avec son doigt.” » La jeune femme cite d’autres exemples. Le réalisateur lui aurait souvent demandé de venir dans son lit « alors qu’il était en sous-vêtements » et elle aussi.

Woody Allen, 82 ans, a une nouvelle fois réfuté les accusations de sa fille. « La famille</a> Farrow a beau utiliser</a> cyniquement l’occasion offerte par le mouvement Time’s Up de répéter</a> cette accusation discréditée, cela ne la rend pas plus vraie que précédemment, a-t-il affirmé dans un communiqué publié par son avocat. Je n’ai jamais attenté à la pudeur de ma fille, et c’est ce qu’ont conclu toutes les enquêtes</a>, il y a un quart de siècle. »

Jessica Chastain, Natalie Portman et Reese Witherspoon ont apporté leur soutien à la fille adoptive du cinéaste

Mais le temps où les accusations glissaient est révolu. L’introspection a saisi Hollywood. Hier, le milieu cinématographique n’avait aucune peine à « fermer les yeux » (l’expression de Dylan), alors que le réalisateur se présentait aux festivals avec Soon-Yi – épousée en 1997. Ni aucun mal à ignorer</a> la rancune du clan Farrow contre les hommages rendus à l’artiste.

Dylan ne cache pas qu’il s’agit d’une véritable campagne. « Pourquoi ne devrais-je pas vouloir</a> le faire tomber ? », interroge-t-elle sur CBS. En 2014, son texte était paru dans le New York Times juste avant la cérémonie des Golden Globes. Elle avait aussi très publiquement interpellé Diane Keaton, l’ex-égérie de Woody Allen, mais l’actrice avait défendu celui qui restait son « ami ».

Lire aussi le portrait :   Qui est Ronan Farrow, le « tombeur » d’Harvey Weinstein ?

Il aura fallu l’affaire Weinstein et la persistance de son frère Ronan, le « tombeur » du fondateur de Miramax, à faire entendre</a> les victimes. Car c’est le fils de Woody Allen, grand pourfendeur de l’hypocrisie hollywoodienne, qui a publié dans le New Yorker du 10 octobre 2017 l’enquête</a> qui a fait le plus de tort à Harvey Weinstein : elle démontait le système d’intimidation déployé pour faire taire</a> les victimes de ses ardeurs.

Alec Baldwin soutient le cinéaste

Début décembre, Dylan Farrow publiait un nouvel appel dans le Los Angeles Times : « Pourquoi la révolution #metoo a-t-elle épargné Woody Allen ? ». Effet Weinstein : le milieu a commencé à prendre</a> ses distances. Les actrices Jessica Chastain, Natalie Portman et Reese Witherspoon lui ont apporté leur soutien. Ellen Page a déclaré qu’avoir tourné avec le réalisateur était son « plus grand regret ».

Colin Firth, qui a joué dans Magic in the Moonlight, en 2013, a fait savoir</a> qu’il ne travaillerait plus avec le cinéaste, de même que Mira Sorvino, Rachel Brosnahan et Greta Gerwig. « Si j’avais su ce que je sais maintenant, je n’aurais pas joué [sous sa direction] », a ­affirmé cette dernière. Rebecca Hall et Timothée Chalamet, qui jouent dans le prochain film ­d’Allen, A Rainy Day in New York, ont annoncé qu’ils donneraient leurs cachets au fonds de solidarité avec les victimes d’abus sexuels, créé par Time’s Up.

Après l’affaire Weinstein, Allen avait espéré, dans une interview à la BBC, que l’affaire ne déclencherait pas « une chasse aux sorcières ». Alec Baldwin, l’un des rares à le défendre</a> publiquement, partage cette inquiétude. « Accuser des personnes de tels crimes devrait être</a> traité avec soin, a-t-il observé. J’ai travaillé trois fois avec Woody Allen. Ç’a été l’un des plus grands privilèges de ma carrière. »

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